Les élections régionales, en Sachsen-Anhalt, en Poméranie occidentale et à Berlin, avec l’émergence exacerbée de l’AfD et de Die Linke, sèment le désarroi dans toute l’Allemagne. L’alliance dite du centre qui gouverne aujourd’hui se fissure. Et la CDU, la droite classique, panique devant l’extrême impopularité de son leader. Cette crise politique, qui s’ajoute à celle de l’économie, a de quoi inquiéter les voisins européens, suisses compris.
Un homme dans le viseur. Le chancelier et président de la CDU, Friedrich Merz, soutenu selon les sondages par 15 % seulement des Allemands, n’a pas participé aux récentes campagnes. Et pour cause, les chefs locaux du parti le priaient de ne pas se montrer pour ne pas faire fuir les électeurs. Le soir même des résultats, il a parlé de «catastrophe». Mais accroché au pouvoir, il paraît n’en tirer aucune leçon, il s’en tient à un programme flou de réformes visant d’abord des coupes sociales et le maintien d’un endettement massif pour financer le budget militaire. Qui, sans compter les livraisons de matériels à l’Ukraine, doit passer de 108 milliards aujourd’hui à 153 en 2028. Pour devenir la première puissance d’Europe. En solo, avec des armes allemandes et américaines. Adieu l’idée d’une défense européenne. De quoi inquiéter en sourdine des voisins qui ont de la mémoire.
Les ministres exaltent depuis des mois la Kriegstüchtigkeit, l’aptitude à la guerre, à la limite de la Kriegssüchtigkeit, l’addiction à la guerre. Le refus de ce bellicisme est une des clés des succès électoraux récents. Il commence à s’esquisser aussi, discrètement, au sein même d’une partie de la CDU et, surtout, du SPD. Comment comprendre que le ministre de la défense, Boris Pistorius, propose à l’OTAN d’envisager une «attaque préventive» de la Russie? Alors qu’il est socialiste, du même parti que Willy Brandt, l’homme de la Ostpolitik (Politique vers l’Est). Comment comprendre les Verts, plus va-t-en-guerre que jamais, eux qui se soucient de la santé de cette planète promise au fracas des bombes?
Mais c’est surtout l’absence de tout projet pour contrecarrer le déclin du tissu industriel qui préoccupe les Allemands. Rien non plus pour freiner l’emballement des coûts du logement. Le cheval de bataille de l’extrême gauche victorieuse à Berlin où l’éventuelle maire, d’origine turque, veut exproprier les gros propriétaires immobiliers. Pas de plan non plus pour enfin investir dans les services publics, dans les trains, les autoroutes, les hôpitaux, les écoles, souvent en piteux état faute d’entretien depuis des décennies.
Dans leurs bastions de l’ouest, le centre-droit et le centre-gauche sont bien enracinés mais ils ne cachent pas leurs appréhensions à la perspective des élections régionales de 2027 et, au niveau fédéral, de 2028. Lire la suite…