Du 11 au 18 septembre, la capitale syrienne a accueilli la première Syria Art Week. Quarante-sept artistes, une carcasse de béton abandonnée depuis 2011, un pays qui sort de cinquante-quatre ans de dynastie Assad et de quinze ans de guerre. Récit d'un pari improbable.
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Damas. Il faut d’abord imaginer le lieu. Sur les berges du fleuve Barada presque à sec, à quelques pas du Musée national de Damas, une immense structure de béton brut dresse ses volumes inachevés. Masar Rose devait être un centre pour enfants, dessiné par l’agence danoise Henning Larsen Architects, inspiré par la forme de la rose de Damas, porté par l’ancienne première dame Asma al-Assad. Le chantier s’est arrêté sec en 2011, quand le pays a basculé dans la guerre civile. Depuis, le bâtiment est resté là, squelette interdit d’accès, laissant le soleil traverser ses coursives ouvertes. C’est dans cette ruine qui n’a jamais été une ruine, mais un inachèvement, que s’est tenue la première Semaine de l’art en Syrie. Le symbole est trop parfait pour être ignoré, et personne parmi les organisateurs n’a cherché à le dissimuler. «Je passe toujours devant cet endroit, son architecture m’attire», explique aux micros des journalistes Line Kouwatli, fondatrice et directrice de la Syria Art Week. Le lieu était inaccessible; aujourd’hui, c’est une scène ouverte, aux mains des artistes.
Un projet né le lendemain de la chute
Collectionneuse née à Paris, installée entre Dubaï et Damas, Line Kouwatli a formulé l’idée dans les semaines qui ont suivi l’effondrement du régime de Bachar el-Assad, en décembre 2024. Le diagnostic qu’elle pose sur la scène syrienne est sans complaisance: il n’existe pas d’écosystème artistique dans le pays. Les galeries ont fermé, les institutions se sont vidées, les artistes sont privés de plateforme et de marché. Ni culture de la collection, ni habitude de fréquenter les expositions. «Nous avons des artistes extrêmement importants et des talents exceptionnels. Alors pourquoi ne pas travailler sur la scène culturelle à l’intérieur même de la Syrie?», résume-t-elle. La question qui revient partout, dans les dîners d’Abou Dhabi comme dans les colloques européens, est devenue un lieu commun douloureux: pourquoi connaît-on l’artiste syrien à l’étranger et pas chez lui? Vingt et un mois plus tard, la réponse tient en une adresse, rue Chukri al-Qouatli, et en un chiffre: quarante-sept artistes réunis, la plupart vivant en Syrie.
Le projet a été monté en trois mois, avec le soutien du ministère de la Culture syrien et un financement européen pour les volets cinéma et musique. L’obstacle principal n’a pas été l’hostilité des nouvelles autorités, insiste la fondatrice, mais l’absence pure et simple de procédure. Il a fallu inventer les autorisations en même temps qu’on les demandait, organisateurs et administrations apprenant ensemble à faire exister un objet administratif qui n’existait pas. Ce protocole improvisé servira aux éditions suivantes. C’est probablement, à moyen terme, l’acquis le plus solide de cette première semaine.






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