Édition du 11 septembre 2026

Politique

Allemagne: portraits d’un trio fracassant

Jacques Pilet

Les bouleversements de l’histoire surgissent dans les rapports de forces, les manœuvres économiques, le choc des idéologies. Mais la personnalité des acteurs a aussi un grand poids. La crise politique qui agite l’Allemagne fait surgir trois noms: celui de Friedrich Merz, en tête, d’Alice Weidel, qui le défie, et de son bouillant représentant, Ulrich Sigmund. Leurs parcours en disent long.

Merz: la raideur et la fragilité
Le chancelier prend des coups de partout, y compris dans ses rangs, ses alliés sociaux-démocrates l’arrosent de critiques, sa popularité n’en finit pas de s’effondrer. Ses jours au pouvoir sont comptés. Comment en est-il arrivé là? A son élection, il promettait de réduire de moitié le score de l’AfD, or il a doublé. C’est celui de son parti, la CDU, qui paraît divisé par deux à l’échelle du pays. Le personnage (71 ans) a l’allure assurée. Il est issu d’un milieu bourgeois, aisé, pas richissime. Un père juge. Un grand-père maternel qui fut maire de Brion, en Westphalie, où il baptisa une rue Adolf-Hitler-Strasse. Héritage fréquent. Alice Weidel a aussi un aïeul qui fut nazi. Mais elle est moins tentée de repartir en guerre contre la Russie. Le jeune Merz a étudié le droit, est devenu brièvement juge mais s’est lancé dans une double carrière: avocat d’affaires et député, au Parlement européen puis au Bundestag. Sans passer par les étapes locales, sans guère serrer les mains dans son quartier. A l’époque d’Angela Merkel, il espérait une part de pouvoir mais la chancelière l’a écarté. Dépité mais ambitieux, il a alors œuvré dans de prestigieux cabinets de conseil et obtenu, en 2016, de hautes fonctions à la tête du géant américain de l’investissement, BlackRock, devenant ainsi multimillionnaire, ce qui lui permet, entre autres, le plaisir de piloter son jet privé Diamond A62. Il garde une bonne relation avec Larry Fink, le grand patron. Celui-ci a des raisons de féliciter son ex-collègue. Le méga-fonds a de grandes parts dans Rheinmetall, la première entreprise allemande d’armement dont le cours en bourse bat des records depuis 2022. 
Merz promettait, pour être élu, de serrer le frein à l’endettement. Or il assume aujourd’hui de creuser la dette publique à grand coût pour l’armement et l’aide à l’Ukraine, tout en coupant dans diverses dépenses sociales. Cela avec un aplomb inébranlable. Qui le contredit est aussitôt qualifié de «pro-russe» ou d’ignare en économie.
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