Comment ignorer un tel succès? Ce jeune Suisse allemand de Thalwil publie un deuxième roman à 22 ans et quelques mois plus tard, le livre est traduit dans une vingtaine de langues et ne tardera pas à devenir un film.
Les parents de Nelio Biedermann sont arrivés de Hongrie en Suisse en 1956. Issus d’une lignée familiale aristocratique épuisée par les fracas de l’histoire. La guerre de 1914-1918 qui éprouva l’Empire austro-hongrois et le mit à terre. Le terrible traité de Trianon qui a amputé le grand pays centre-européen des trois quarts de sa surface et de deux tiers de sa population qui se retrouva en Roumanie, en Ukraine, en Slovaquie et ailleurs. L’entre-deux-guerres sous un régime fasciste. La Seconde Guerre mondiale aux côtés du Reich, puis la défaite, l’occupation soviétique.
L’effondrement de cette puissance, entre le cœur de l’Europe et les portes de l’Asie, n’occupe pas une grande place dans nos livres scolaires. Il est pourtant à l’origine de bien des tracas historico-politiques d’aujourd’hui. Mais l’évocation de la famille Lazar ne suffira pas à y voir clair. Il faudra jeter un œil du côté de ChatGPT ou de Claude!
Biedermann procède par séquences, pas toujours reliées entre elles. Des tableaux de mœurs. Des moments d’extrême sensibilité. Les odeurs de l’herbe, de la forêt, du vieux château… et des corps. Des portraits forts, comme celui du baron, si sûr de lui dans ses beaux meubles qu’il tarde à percevoir le déclin de son époque. Son fils, Lajos, le personnage-clé, «l’enfant blond aux yeux clairs» qui devient officier et coopère, sans convictions, avec les nazis qui entendent redessiner la carte. Lâcheté, déni. Et quand l’armée soviétique casse ce qu’il reste de l’édifice hongrois, violant les femmes, massacrant tant d’hommes, la famille cherche à fuir, mais où et comment? Elle n’y parviendra qu’en 1956, après la révolte anti-communiste réprimée par les blindés.






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