livres

La subversion, joyeuse et insolente, excessive et sans concession
La première édition de l’«Anthologie de la subversion carabinée» de Noël Godin a paru en 1988 à L’Age d’homme. La voilà revue et augmentée aux Editions Noir sur Blanc. Ce livre, à rebours de l’esprit de sérieux, ne s’adresse pas aux tièdes, les textes qui s’y trouvent ne craignent pas l’excès. C’est, comme son titre l’indique, «carabiné». Un remède contre la moraline.

Eau et démocratie, autobiographie sexuelle, procès d’un porc
Un livre, une BD et un magazine: «Aqua», de Gaspard Koenig, «Maudite du cul», de Sara Forestier et Jeanne Alcala, «Passé simple» no 110.

Capodistrias, l’architecte du fédéralisme
Figure trop peu connue en Suisse, où il a pourtant joué un rôle déterminant, ce médecin né à Corfou et formé à Padoue eut en réalité une carrière politique d’exception. Après la chute de Napoléon, qui avait dessiné les frontières de la Suisse, le pays se trouva divisé entre des cantons aux visées différentes, sous l’influence des puissances européennes victorieuses. Ainsi, Berne voulait récupérer Vaud et Argovie. C’est Jean Capodistrias qui l’en empêcha, avant de rentrer en Grèce, où il fut moins chanceux. Un livre lui est consacré.

Plaidoyer conservateur pour une civilisation en déclin
Voix conservatrice issue de la génération Z, Etienne-Alexandre Beauregard livre, avec «Anti-civilisation», une critique frontale du progressisme contemporain. Wokisme, fragmentation sociale et perte de l’unité nationale sont au cœur de son analyse. Un essai ambitieux, dérangeant et intellectuellement dense.

Quand remontent les fantômes du passé
Ce livre n’est ni un roman ni un travail d’historien. «Les zones grises du passé», d’Alexandra Saemmer, est une «enquête familiale à la lisière du Troisième Reich», comme indiqué en surtitre. Une plongée dans le destin d’un communauté peu connue, les Sudètes. Ouvrage troublant à maints égards.

En mémoire d’un Noël étrange au doux parfum de reviens-y…
Dans «Mon Noël avec Marcia», récit aussi bref que dense, entre hyper-réalité et rêverie, Peter Stamm évoque une «fête de dingues» où l’on a connu la plus intense liberté, à moins qu’on ait fantasmé ou arrangé les faits?

Vallotton l’extrême au feu de glace
A propos de la rétrospective «Vallotton Forver» qui a lieu à Lausanne, dix ans après l'expo déjà mémorable du Grand Palais à Paris, et d'un petit livre d'une pénétrante justesse sensible de Maryline Desbiolles.

Orson Welles, grandeur et démesure d’un créateur libre
Que l’on soit cinéphile ou pas, il faut lire «Orson Welles - Vérités et mensonges» d’Anca Visdei. Il en surgit un personnage unique tant il a accumulé de talents: metteur en scène, scénariste, comédien, virtuose à la radio et à la télévision, et chroniqueur politique engagé pour la démocratie. Sa puissance dans le succès comme dans l’échec, ses incessants rebonds, son obstination jusqu’au dernier souffle sont une leçon de vie.

African Parks, l’empire vert du néocolonialisme
Financée par les Etats occidentaux et de nombreuses célébrités, l’organisation star de l'écologie gère 22 réserves en Afrique. Elle est présentée comme un modèle de protection de la biodiversité. Mais l’enquête d’Olivier van Beemen raconte une autre histoire: pratiques autoritaires, marginalisation des populations locales... Avec, en toile de fond, une question: peut-on sauver les éléphants sans écraser les hommes qui vivent à leur côté?

L’histoire des épidémies reste entourée de mystères et de fantasmes
Les virus n’ont pas attendu la modernité pour bouleverser les sociétés humaines. Dans un livre récent, les professeurs Didier Raoult et Michel Drancourt démontrent comment la paléomicrobiologie éclaire d’un jour nouveau l’histoire des grandes épidémies. De la peste à la grippe, du coronavirus à la lèpre, leurs recherches révèlent combien notre rapport aux maladies infectieuses reste traversé de mythes, d’incertitudes… et de leçons oubliées.

Portraits marquants d’une époque
«Portraits d’écrivains, de Cocteau à Simenon», Yves Debraine, Editions Noir sur Blanc, 205 pages.

Sorj Chalandon compatit avec les sinistrés du cœur
Après «L’enragé» et son mémorable aperçu de l’enfance vilipendée et punie, l’écrivain, ex grand reporter de Libé et forte plume du «Canard enchaîné», déploie une nouvelle chronique, à résonances personnelles, dont le protagoniste, après la rude école de la rue, partage les luttes des militants de la gauche extrême. Scénar d’une possible série sympa? Pas tant que ça!

Quentin Mouron ressaisit le bruit du temps que nous vivons
Avec «La Fin de la tristesse», le romancier-poète-essayiste en impose par sa formidable absorption des thèmes qui font mal en notre drôle d’époque (amours en vrille, violence sociale et domestique, confrontation des genres exacerbée, racisme latent et dérives fascisantes, méli-mélo des idéologies déconnectées, confusion mondialisée, etc.) et leur incarnation par le truchement de personnages traités en nuances.

Quand Etienne Barilier débrouille les «Brouillons» de Lichtenberg
Formidable objet éditorial résultant de l’accointance éclairée des éditions Noir sur Blanc et du romancier-essaysite-traducteur-préfacier et (prodigieux) annotateur, la première intégrale en langue française des cahiers scribouillés du génial polygraphe scientifico-poétique, folle figure de sage des Lumières, apparaît, bien au-delà de ses recueils d’aphorismes, comme un «océan de pensée» fascinant par ses reflets de surface autant que par ses gouffres. Et maintenant plongez, nagez, noyez- vous, saoulez-vous le pied-léger!
Quand Max Lobe dit le Bantou s’en va goûter chez Gustave Roud…
«La Danse des pères», septième opus de l’écrivain camerounais naturalisé suisse, est d’abord et avant tout une danse avec les mots, joyeuse et triste à la fois. La «chose blanche» romande saura-t-elle accueillir l’extravagant dans sa paroisse littéraire? C’est déjà fait et que ça dure! Au goûter imaginaire où le convient cette semaine le centenaire Jaccottet et compagnie, la «ressemblance humaine» est de la partie…
Faut-il vraiment se méfier de Yuval Noah Harari?
La trajectoire du petit prof d’histoire israélien devenu mondialement connu avec quatre ouvrages de vulgarisation à large spectre, dont Sapiens aux millions de lecteurs, a suscité quelques accusations portant sur le manque de sérieux scientifique de l’auteur, lequel n’a pourtant jamais posé au savant. D’aucun(e)s vont jusqu’à le taxer de «prophète populiste». Et vous là-dedans?



