Portraits marquants d’une époque

Publié le 10 octobre 2025
«Portraits d’écrivains, de Cocteau à Simenon», Yves Debraine, Editions Noir sur Blanc, 205 pages.

Bouvier, Cocteau, Simenon, Giono, Guillemin, Nabokov, Z’Graggen, Paul Morand, John Le Carré, Ella Maillart, Vercors et bien d’autres… La plupart séjournèrent, passèrent sur les rivages lémaniques et rencontrèrent le photographe Yves de Debraine, né à Paris il y a cent ans, établi à Lausanne dès 1948. Son fils, notre ami Luc Debraine, s’est retrouvé devant un trésor: une vaste bibliothèque — l’homme d’images aimait les mots — et une profusion de photos, des portraits réalisés à la demande des plus grands magazines européens et américains. Plus que cela, des liens subtils avec des figures majeures du cinéma, de la littérature et des arts. Les éditions Noir sur Blanc nous en font le cadeau.

A travers ces visages, on peut deviner en filigrane l’attitude du photographe, plein de tact, de modestie, d’attention. Je me souviens ainsi de lui: il avait certes l’œil vif, mais parlait peu; il voulait se poser en témoin bienveillant, jamais envahissant. Et l’on comprend mieux dès lors comment il a pu établir un lien d’une telle qualité avec ces célébrités. Simenon a su le dire: «Il opérait sans douleur.» Yves de Debraine devint son photographe attitré. Cocteau l’appréciait aussi, lui qui se sentait si bien dans la région: «J’ai habité Caux, Villars et Leysin avec Stravinsky. J’ai mangé bien des fondues avec C.-F. Ramuz.» Parmi les 198 personnages ainsi ressurgis, il en est un dont les aînés se souviennent, car il s’exprimait souvent et brillamment à la télé: Henri Guillemin. L’orateur parlait aussi avec les mains,...

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