Après son roman très remarqué «Le Mage du Kremlin», Giuliano da Empoli nous livre, dans cet «essai littéraire», une analyse aussi incisive que mémorable de la scène politique internationale. Compte rendu de rencontres entre puissants auxquelles il a assisté à différents titres, mise en garde contre l’insouciance avec laquelle nous accueillons les nouvelles technologies et réquisitoire contre l’inconscience de certains décideurs éblouis par les promesses des «conquistadores technologiques», l’ouvrage est imprégné d’humour et de cynisme.
Sommaire
Renato Weber
La première impression qui s’en dégage est celle d’un monde plus instable et violent. Et d’une politique plus imprévisible – plus profondément qu’il pourrait sembler à première vue. Parmi les tableaux convoqués, celui d’une assemblée annuelle des chefs d’État au siège de l’ONU, à New York, qui écoutent à peine les discours des confrères et se soucient avant tout de leur propre périmètre de sécurité (idéal impossible dans un lieu à la promiscuité intrinsèque, comme ironise l’auteur) ou de la question de savoir dans quel restaurant ils dîneront le soir venu.
Un pouvoir fondé sur l’action, la surprise et le chaos
Au fil des tableaux qui suivent, c’est à un bouleversement politico-moral bien plus fondamental auquel nous assistons. Un changement de paradigme face auquel, selon da Empoli, nombre de nos responsables politiques sont totalement démunis. Par ignorance? Par un idéalisme mêlé de naïveté? Car une nouvelle génération de chefs a pris le pouvoir: des hommes plutôt jeunes, sans scrupules, affichant leur mépris des règles, et privilégiant l’action, la surprise, et la mise en scène de soi pour parvenir à leurs fins. Tel César Borgia, modèle du régent de Machiavel: le nouveau seigneur de Senigallia – nous sommes le 31 décembre 1502 – qui fait arrêter par surprise et assassiner brutalement ses rivaux les plus menaçants (Oliverotto, Vitelli et les deux frères Orsini) à la toute fin du très long et très arrosé banquet d’investiture.





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