Réservé aux abonnés

Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère politique?

Par Renato Weber · Publié le 22 mai 2026 · 13 min de lecture

Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère politique?
© DR

Après son roman très remarqué «Le Mage du Kremlin», Giuliano da Empoli nous livre, dans cet «essai littéraire», une analyse aussi incisive que mémorable de la scène politique internationale. Compte rendu de rencontres entre puissants auxquelles il a assisté à différents titres, mise en garde contre l’insouciance avec laquelle nous accueillons les nouvelles technologies et réquisitoire contre l’inconscience de certains décideurs éblouis par les promesses des «conquistadores technologiques», l’ouvrage est imprégné d’humour et de cynisme.

Sommaire

Renato Weber

La première impression qui s’en dégage est celle d’un monde plus instable et violent. Et d’une politique plus imprévisible – plus profondément qu’il pourrait sembler à première vue. Parmi les tableaux convoqués, celui d’une assemblée annuelle des chefs d’État au siège de l’ONU, à New York, qui écoutent à peine les discours des confrères et se soucient avant tout de leur propre périmètre de sécurité (idéal impossible dans un lieu à la promiscuité intrinsèque, comme ironise l’auteur) ou de la question de savoir dans quel restaurant ils dîneront le soir venu.

Un pouvoir fondé sur l’action, la surprise et le chaos

Au fil des tableaux qui suivent, c’est à un bouleversement politico-moral bien plus fondamental auquel nous assistons. Un changement de paradigme face auquel, selon da Empoli, nombre de nos responsables politiques sont totalement démunis. Par ignorance? Par un idéalisme mêlé de naïveté? Car une nouvelle génération de chefs a pris le pouvoir: des hommes plutôt jeunes, sans scrupules, affichant leur mépris des règles, et privilégiant l’action, la surprise, et la mise en scène de soi pour parvenir à leurs fins. Tel César Borgia, modèle du régent de Machiavel: le nouveau seigneur de Senigallia – nous sommes le 31 décembre 1502 – qui fait arrêter par surprise et assassiner brutalement ses rivaux les plus menaçants (Oliverotto, Vitelli et les deux frères Orsini) à la toute fin du très long et très arrosé banquet d’investiture.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

La subversion, joyeuse et insolente, excessive et sans concession  

CultureArticle

La subversion, joyeuse et insolente, excessive et sans concession  

La première édition de l’«Anthologie de la subversion carabinée» de Noël Godin a paru en 1988 à L’Age d’homme. La voilà revue et augmentée aux Editions Noir sur Blanc. Ce livre, à rebours de l’esprit de sérieux, ne s’adresse pas aux tièdes, les textes qui s’y trouvent ne craignent pas l’excès. C’est, comme son titre l’indique, «carabiné». Un remède contre la moraline.

Patrick Morier-Genoud

«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret

Sciences et technologiesArticle

«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret

En 2024, Anthropic lançait en toute discrétion une opération destinée à acquérir, numériser, puis détruire des millions de livres afin d’alimenter Claude, son intelligence artificielle. Une pratique légale aux Etats-Unis, qui dépasse largement la question du droit d’auteur. A mesure que les machines absorbent notre patrimoine écrit, que restera-t-il de notre rapport aux livres si l’IA finit par s’interposer entre les textes et leurs lecteurs?

Tatiana Crelier

François d’Assise raconté par Frédéric Pajak

CultureArticle

François d’Assise raconté par Frédéric Pajak

Frédéric Pajak fait paraître le 11e volume de son «Manifeste incertain». Un volume consacré pour l’essentiel au «poverello» dont on célèbre cette année le 800e anniversaire de la mort. Deux autres textes, plus personnels, évoquent la jeunesse qui s’en est allée, les amis qui meurent, des souvenirs d’enfance et de jeunesse, Gênes…

Patrick Morier-Genoud