Frédéric Pajak fait paraître le 11e volume de son «Manifeste incertain». Un volume consacré pour l’essentiel au «poverello» dont on célèbre cette année le 800e anniversaire de la mort. Deux autres textes, plus personnels, évoquent la jeunesse qui s’en est allée, les amis qui meurent, des souvenirs d’enfance et de jeunesse, Gênes…
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François d’Assise est mort il y a 800 ans. 2026 est ainsi une «année jubilaire exceptionnelle» pour l’Eglise catholique. Plutôt que d’aller à la messe, je vous suggère de lire le XIe tome du Manifeste incertain de Frédéric Pajak, lequel est, pour l’essentiel, consacré à «François d’Assise, l’insensé de Dieu». On y comprendra mieux qui était le «poverello» qu’en écoutant pape ou curé; son message était véritablement insensé, comme sa vie, et c’est bien de cela qu’il s’agit: ne pas être dans le sens commun, ne pas être sensé.
Le mépris de l’argent
François d’Assise et ses compagnons vivent dans un extrême dénuement, méprisent l’argent, la réussite sociale, le confort, l’accumulation de richesses, les apparats – tout ce que vénère aujourd’hui la bourgeoisie. Ils ne sont pas dans le paraître mais dans une simplicité transcendantale de l’être. «C’est par le caractère « subversif, scandaleux, révolutionnaire » de cette soumission volontaire à « Dame pauvreté » que François et les siens vont tenter de bouleverser la société», écrit Frédéric Pajak. Qui peut-être se souvient des années de vaches maigres, lorsque, dans les années 1970, une partie de la jeunesse, déniant toute vertu au travail, conspuant boutiquiers, banquiers et affairistes, s’en allait avec quelques francs en poche, des sous mis en commun pour payer de la bière ou du hareng fumé, du tabac, un peu d’alcool fort à consommer sur les tables bancales autour desquelles fusaient parfois de beaux et vivifiants concepts sur la passion ou la subjectivité. Comparaison n’est pas raison, bien sûr, François d’Assise était un extrémiste d’un autre genre, qui s’astreignait à de longs jeûnes, recouvrait les aliments de cendre et d’eau froide pour leur retirer toute saveur, fuyait la compagnie des femmes, se méfiait de la science et des livres, s’infligeait volontairement sévices et douleurs.
Un des chapitres de ce Manifeste incertain est intitulé La haine de l’argent et s’ouvre sur un exergue de l’écrivain français Christian Bobin: «Partout est l’argent, partout est le monde ruiné par l’argent». Voilà qui résonne terriblement ici où on lui sacrifie tout, où il est la première et la dernière pensée.






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