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Quand remontent les fantômes du passé

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 9 janvier 2026 · 12 min de lecture

Quand remontent les fantômes du passé
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Ce livre n’est ni un roman ni un travail d’historien. «Les zones grises du passé», d’Alexandra Saemmer, est une «enquête familiale à la lisière du Troisième Reich», comme indiqué en surtitre. Une plongée dans le destin d’un communauté peu connue, les Sudètes. Ouvrage troublant à maints égards.

Sommaire

Ce peuple germanophone, longtemps sous la coupe de l’empire austro-hongrois, fut rattaché, en 1918, à la Tchécoslovaquie. Il aspirait à l’indépendance mais, en 1938, choisit de faire partie du Reich. En 1946, les Tchèques décidèrent d’expulser ces trois millions d’habitants du territoire frontalier de l’Autriche et de l’Allemagne qui n’eurent pas d’autre choix que de les accueillir. Non sans difficultés: ces pays vaincus étaient épuisés et méfiants à l’endroit de ces nouveaux venus, perçus comme proches des Slaves. 

Alexandra Saemmer, qui se dit «sudète», a écrit ce livre en français. Professeure à l’université Paris 8, spécialiste de la communication numérique, elle s’interroge sur son passé familial et son identité multiple. Tout a commencé alors qu’elle cherchait sur la carte la ville où vécurent ses parents: Auspitz. Elle ne la trouva pas: la ville avait été rebaptisée Hustopeče, en Tchéquie.

Les Sudètes, victimes ou complices?

Sa mère, née en 1945, réfugiée en Autriche puis en Allemagne, lui parlait beaucoup de sa grand-mère et de son grand-père. Des gens modestes, nullement engagés en politique, pas des nazis donc, pensait l’auteure. Qui fut cependant fort troublée, au début de son travail d’enquête, en trouvant dans une liasse d’archives une photo de ce grand-papa, bel homme, portant un petit insigne nazi à la veste. Mise là par opportunisme ou par conviction? La question dépasse largement ces circonstances particulières et reste d’actualité: à quel moment le petit peuple qui subit les évènements se rend-il néanmoins complice des totalitarismes?

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