Figure trop peu connue en Suisse, où il a pourtant joué un rôle déterminant, ce médecin né à Corfou et formé à Padoue eut en réalité une carrière politique d’exception. Après la chute de Napoléon, qui avait dessiné les frontières de la Suisse, le pays se trouva divisé entre des cantons aux visées différentes, sous l’influence des puissances européennes victorieuses. Ainsi, Berne voulait récupérer Vaud et Argovie. C’est Jean Capodistrias qui l’en empêcha, avant de rentrer en Grèce, où il fut moins chanceux. Un livre lui est consacré.
Le tsar russe Alexandre 1er, l’un des vainqueurs, s’intéressait à la cause helvétique, sensibilisé par son précepteur, le Vaudois Frédéric César de La Harpe. En 1814, il envoya donc en Suisse Capodistrias qu’il avait engagé à sa cour dès 1808. En diplomate itinérant fort actif, celui-ci réussit, grâce à son habileté et au poids de son mandataire russe, à convaincre les cantons rivaux et oligarchiques du principe qui lui était cher: le fédéralisme. Il les convainquit de la nouvelle définition des frontières, y compris l’inclusion de Genève, à laquelle il œuvra aux côtés de l’agronome et grand diplomate Charles Pictet de Rochemont. L’acte final du Congrès de Vienne officialisa ces décisions. Ajoutant l’obligation de la neutralité «perpétuelle et armée», garantie par les puissances voisines. Le Pacte fédéral de 1815 entérina cette volonté. L’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin rappelle ces épisodes dans la préface – trop brève! – du livre récemment paru, consacré à cet architecte du fédéralisme.
L’idée même du fédéralisme n’était pas neuve puisqu’il était un fondement de la création des Etats-Unis d’Amérique dès 1789. Elle tarda en Europe en raison de l’affrontement des puissances rivales. Napoléon y songea pourtant. Prisonnier exilé, il écrivait, en 1816: «Je ne pense pas qu’après ma chute et la disparition de mon système, il y ait en Europe d’autre grand équilibre possible que l’agglomération et la confédération des grands peuples.»
Après son succès helvétique, Capodistrias s’établit à Genève, proche de son ami Pictet de Rochemont qui l’initia aux techniques agricoles. Il y resta cinq ans. Les Suisses tardèrent longtemps à reconnaître son rôle dans la construction de leur pays, à l’exception des Vaudois et des Genevois qui lui étaient reconnaissants. Les Alémaniques, surtout, préféraient penser que l’édifice devait tout à leur propre génie.






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