Édition du 3 juillet 2026

Politique, Histoire

Les Etats-Unis se sont construits sur un mensonge

Martin Bernard

Washington fête ce week-end le quart de millénaire de son indépendance. Le récit est bien huilé: l’expérience américaine aurait en son cœur les principes démocratiques. L’histoire dit pourtant l’inverse: les pères fondateurs, hostiles à l’idée même de démocratie, ont bâti un gouvernement pensé pour protéger les privilèges d’une élite face aux revendications égalitaires du peuple. Ce mythe fondateur a servi de socle à une entreprise impériale dont le bilan humain – des dizaines de millions de morts – tranche avec le lustre des commémorations.

Le 4 juillet 2026, les Etats-Unis célèbreront les 250 ans de leur indépendance. L’occasion d’une campagne de propagande tous azimuts visant à rappeler les valeurs fondamentales d’une nation devenue empire. Au cœur de ces valeurs, nous assène-t-on: la démocratie, née de la révolution contre la tyrannique Angleterre. «L’expérimentation américaine est la démocratie», entend-on par exemple dans la bande-annonce d’une série documentaire Netflix consacrée à la naissance des Etats-Unis. Rien n’est plus faux.
D’abord, la situation prérévolutionnaire, au sein des 13 colonies britanniques de Nouvelle-Angleterre, est loin d’être défavorable aux hommes d’ascendance européenne. En comparaison avec l’Europe de l’époque, le droit de vote y est bien plus répandu. Pour une raison simple: les assemblées municipales, comme celles de Boston, perpétuent la tradition et la pratique de la démocratie médiévale des assemblées de villageois. Elles sont un lieu d’expression des mécontentements populaires. Lord Germain, qui deviendra secrétaire d’Etat britannique pour les colonies, commente le fameux Boston Tea Party du 16 décembre 1773 avec ces mots: «Voilà ce qui ressort de leurs misérables assemblées municipales – ce sont les gestes d’une racaille tumultueuse et émeutière, qui devrait (…) s’en tenir à ses emplois salariés et ne pas s’embêter avec la politique et les affaires du gouvernement, dont elle n’a aucune compréhension.»
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