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Libye, le pays qui ne veut pas naître

Sid Ahmed Hammouche

Par Sid Ahmed Hammouche · Publié le 15 mai 2026 · 10 min de lecture

Libye, le pays qui ne veut pas naître
© DR

Le pays le plus riche du Maghreb est aussi celui qui refuse, depuis quinze ans, d’exister en tant qu’Etat. Dans une impasse constitutionnelle délibérément entretenue, deux gouvernements rivaux se disputent un territoire fragmenté en féodalités armées. Pendant que les chefs de guerre se partagent les revenus pétroliers, des citoyens n’ont pas les moyens de se soigner. Pire, Washington, désormais, lorgne l’or noir libyen.

Sommaire

Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi mourait dans un caniveau de Syrte, lynché par une foule galvanisée par l’espérance. La communauté internationale célébrait la chute du dictateur. Kadhafi, lui, avait lancé, dans ses derniers discours, une phrase que ses contempteurs balayaient comme de la propagande: «Sans moi, il n’y a pas de Libye.» Quinze ans plus tard, la question ne fait plus ricaner personne.

Kadhafi régnait par la terreur, la rente pétrolière et un équilibre savamment entretenu entre les tribus. Sa Jamahiriya, cet «État des masses» théorisé dans le Livre vert, était un simulacre de démocratie directe, mais il garantissait l’essentiel: l’unité territoriale. Les infrastructures fonctionnaient. Le pétrole était redistribué, inégalement certes. En 2010, la Libye affichait l’indice de développement humain le plus élevé d’Afrique.

Ce qui lui a survécu n’est pas un État. C’est un territoire contesté, fragmenté en féodalités armées, où chaque chef de guerre lève sa propre taxe, édicte sa propre loi et négocie directement avec les puissances étrangères, par-dessus la tête de tout gouvernement nominal. Il ne s’agit pas de réhabiliter le dictateur. Il s’agit d’un acte de lucidité. La Libye n’était pas une nation à laquelle il eût suffi d’offrir la liberté pour qu’elle s’auto-organise. C’était une construction fragile, maintenue par une violence centrale. Retirer la violence sans bâtir les institutions, c’était livrer le pays à ses démons. L’Occident, qui avait bombardé le régime de Kadhafi au nom de la démocratie, n’a pas voulu l’entendre.

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