L'Espace de Jacques Pilet

Le droit est bafoué mais son affirmation plus nécessaire que jamais
Nombre de commentateurs estiment que nous sommes dans une époque nouvelle. Où le droit international est mort, où seul compte désormais le rapport de force. Vite dit. L’ONU et sa Charte posent des repères indispensables pour aborder le chaos des guerres.

Les Européens entraînés dans le chaos
La guerre au Moyen-Orient nous concerne plus que nous ne le ressentons. Avec, bien sûr, les fâcheux effets économiques. Avec la dérisoire question des touristes bloqués. Mais, bien plus encore, parce qu’elle révèle nos faiblesses et nos contradictions.

Capodistrias, l’architecte du fédéralisme
Figure trop peu connue en Suisse, où il a pourtant joué un rôle déterminant, ce médecin né à Corfou et formé à Padoue eut en réalité une carrière politique d’exception. Après la chute de Napoléon, qui avait dessiné les frontières de la Suisse, le pays se trouva divisé entre des cantons aux visées différentes, sous l’influence des puissances européennes victorieuses. Ainsi, Berne voulait récupérer Vaud et Argovie. C’est Jean Capodistrias qui l’en empêcha, avant de rentrer en Grèce, où il fut moins chanceux. Un livre lui est consacré.

La RTS face au désamour
Après le rejet — probable — de l’initiative de l’UDC sur la redevance à 200 francs, le service public de radio-télévision ne sera pas au bout de ses peines. Tout de même contraint de réduire ses coûts. Mis au défi par les critiques qui ont déferlé, même chez nombre de ceux qui votent pour le maintien de la redevance actuelle. Comment la SSR peut-elle rebondir après ces blessures?

La fureur du verbe et de l’ego
Face à l’Iran, un homme seul est sur le point de décider entre la guerre et la paix, entre l’offensive d’une armada ou les pourparlers. D’autres ont à choisir entre le prolongement d’un conflit abominable entre l’Ukraine et la Russie ou la recherche d’une issue. Que se passe-t-il dans la tête de ces tireurs de ficelles belliqueuses? Les uns et les autres sont pris au piège de leur rhétorique toujours plus enflammée.

L’ankylose mentale du pouvoir
Alors que les guerres se prolongent et changent de visage, la Suisse persiste dans des choix militaires contestés et coûteux: retards de livraison, impasses technologiques, dépendance aux fournisseurs américains, etc. Au Département fédéral de la défense, l’heure ne semble pas à la remise en question. Plutôt l’inverse. Quant à son chef, Martin Pfister, sa formation d’historien devrait le rendre particulièrement attentif aux bouleversements actuels. Or, s’il l’est, il le cache bien.

Tataki ou le mépris de la RTS pour les jeunes
La chaîne de la RTS (Radio Télévision Suisse) destinée aux 15-24 ans, diffusée sur les plateformes digitales, a fait parler d’elle avec le départ soudain de son directeur. L’occasion de jeter un œil sur le travail de cette copieuse équipe.

La redevance, le plus injuste des impôts
La campagne démarre dans l’échange tumultueux d’arguments pour et contre l’initiative «200 francs, ça suffit»: les partisans ne voient guère dans quel triste état se retrouvera le paysage médiatique après des coupes massives dans ce service public; les opposants n’entrevoient pas davantage comment le maintien d’une taxe à peine réduite pourrait amener à réformer une entreprise boursouflée, autosatisfaite, souvent moralisatrice, dotée d’une direction controversée. Mais quel que soit le résultat, une injustice choquante subsistera: un impôt qui met dans le pétrin les plus démunis.

La chasse aux Latinos tourneboule l’image des USA
Les raids de la police ICE à Minneapolis, les assassinats, les manifestations de colère populaire ont retenu l’attention de l’opinion publique. Mais nous n’avons pas encore pris la mesure d’un programme, commencé d’ailleurs avant Donald Trump, qui fait fi de la tradition et de l’identité démocratique des Etats-Unis. Pire que Guantanamo.

L’attrait des villages
Pour les petites communes reculées, la survie démographique et financière est un exercice précaire. Si un Crésus sauve la mise à Crésuz, à Albinen, on paie pour éviter de disparaître. Tandis qu’aux Planchettes, on ferme l’école du village. Trois réalités d’une même fragilité.

L’histoire tordue et effacée: une arme de guerre
Trump révise le passé des Etats-Unis et du monde pour le glorifier. Le pouvoir ukrainien efface l’héritage culturel russe. Poutine met entre parenthèses l’horreur de l’ère stalinienne. Xi Jinping fait de même avec la Révolution culturelle meurtrière de Mao. Israël écrase les traces et le souvenir de 5000 ans de civilisations à Gaza. La relecture de l’histoire est un outil puissant dans les conflits d’aujourd’hui comme d’hier.

Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu
Le répertoire de Jean Anouilh est rarement à l’affiche des théâtres. Il connut pourtant un demi-siècle de succès, avec une quarantaine de pièces. Applaudi dans l’espace francophone et parfois au-delà. Le livre que lui consacre Anca Visdei révèle une personnalité attachante, qui partage avec nous son énergie, sa passion, la dureté des revers.

Sonia Zoran, du journalisme à la littérature
Des journalistes qui s’essaient à l’écriture de romans, il y en a beaucoup. Mais le livre de Sonia Zoran est plus qu’un exercice, c’est la plongée dans une vie. «La fille de sel» a accumulé ces pages sur plusieurs années. Il en sort un livre à la fois profond et léger.

Zahra Banisadr, un regard sur l’Iran et la Suisse
Cette rayonnante personnalité neuchâteloise — elle a reçu le doctorat honoris causa en 2025, le prix de la Ville en 2015 — a une connaissance approfondie de l’Iran, son pays d’origine, du nôtre, de la France aussi. Après le fracas des manifestations iraniennes et leur abominable répression, après les commentaires enflammés et divergents de la diaspora et ceux, hâtifs, des médias peu informés de l’histoire de la Perse, écoutons la voix de la fille de Abolhassan Bani Sadr, premier président de la République islamique. Laïque, républicain, élu par le peuple en janvier 1980, chassé du pouvoir par les islamistes en juin 1981, exilé à Paris.

Sourire en coin
A Davos, Donald Trump n’a pas seulement multiplié les provocations: il a surtout mis à nu le désarroi des dirigeants européens, qui feignent aujourd’hui la surprise face à un rapport de force qui ne date pourtant pas d’hier. Car si le spectacle est nouveau, la dépendance de l’Europe, elle, ne l’est pas.

Bataille pour la liberté d’expression
Dans plusieurs pays européens, les prises de parole publiques déviant du récit dominant sur divers sujets, tels que la guerre en Ukraine, sont diffamées par les grands médias et, parfois, poursuivies par les appareils d’Etat. On l’a vu avec la lourde sanction qui a frappé l’ex-colonel suisse Jacques Baud. L’UE fait de cette pratique une normalité, faisant fi des principes fondamentaux de la justice: droit d’être entendu, présomption d’innocence, droit de recours, indépendance des juges. Mais ces chasses aux sorcières commencent à faire débat. En Allemagne, particulièrement zélée dans la surveillance, jusqu’au sein de la CDU gouvernementale, des élus s’élèvent contre ces abus de pouvoir et l’AfD tempête. Et cela bouge enfin en Suisse, non seulement dans la «Weltwoche», mais aussi dans la sage «NZZ».

Colonialisme danois
Les Européens s’agitent, effarés, devant la menace d’annexion du Groenland par les USA. Mais qu’en pensent les habitants de cette île, la plus grande du monde, plus proche de l’Amérique que de l’Europe? Ils ne portent pas le Danemark dans leur cœur. Et pour cause. Ils n’ont pas oublié les horreurs de ce colonialisme, peu rappelées dans les commentaires sur le suspense géopolitique actuel.

Terrorisme: Berlin frappé au cœur
L’actualité, proche et tragique, ou spectaculaire et géopolitique, a éclipsé l’évènement. Parlant lui aussi. Le terrorisme a plongé une partie de Berlin dans le noir: le groupe d’extrême-gauche Vulkan a incendié un centre de distribution électrique dans la nuit du 3 au 4 janvier. Les Berlinois se demandent comment on a pu en arriver là. Un point noir de plus sur le tableau du déclin de l’Allemagne?

Ce que change le raid de Caracas
Donald se voit en maître du monde. Même enivré par sa gloriole, il ne tardera pas à découvrir les revers de la médaille. Au-delà de la violation du droit international — les Américains sont coutumiers du fait — il convient de cerner les effets de son grand coup. En particulier en Amérique latine.

Quand remontent les fantômes du passé
Ce livre n’est ni un roman ni un travail d’historien. «Les zones grises du passé», d’Alexandra Saemmer, est une «enquête familiale à la lisière du Troisième Reich», comme indiqué en surtitre. Une plongée dans le destin d’un communauté peu connue, les Sudètes. Ouvrage troublant à maints égards.

Rogner les libertés au nom de la démocratie
Il se lève, en Europe, une vague de fond, peu bruyante, qui néanmoins atteint au cœur ce à quoi nous tenons tant: la liberté d’expression. Partout, les Etats concoctent des appareils de surveillance des propos qui courent. Nous avons parlé ici des tracasseries policières et judiciaires — surtout en Allemagne et en Grande-Bretagne — visant toute déviance du récit dominant sur Gaza, Israël, l’Ukraine et la Russie. Le dernier épisode est d’une portée extraordinaire: un spécialiste suisse des relations internationales vient d’être sanctionné par l’UE.

Comment jauger les risques de guerre
A toutes les époques, les Européens ont aimé faire la fête. Des carnavals aux marchés de Noël, dont la tradition remonte au 14e siècle en Allemagne et en Autriche. Et si souvent, aux lendemains des joyeusetés, ce fut le retour des tracas et des guerres. En sera-t-il autrement une fois fêtée cette dernière Saint-Nicolas? La réflexion s’impose au-delà des certitudes opposées.

Bonnes vacances à Malmö!
Les choix stratégiques des Chemins de fer fédéraux interrogent, entre une coûteuse liaison Zurich–Malmö, un désintérêt persistant pour la Suisse romande et des liaisons avec la France au point mort. Sans parler de la commande de nouvelles rames à l’étranger plutôt qu’en Suisse!

La guerre entre esbroufe et tragédie
Une photo est parue cette semaine qui en dit long sur l’orchestration des propagandes. Zelensky et Macron, sourire aux lèvres devant un parterre de militaires, un contrat soi-disant historique en main: une intention d’achat de cent Rafale qui n’engage personne. Alors que le pouvoir ukrainien est secoué par les révélations de corruption et le pays accablé par les attaques russes. Entre désertions et exils, tout un peuple aspire à la paix. Et il se trouve des dirigeants pour se pavaner dans des postures martiales…