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L’exhibitionnisme de la cruauté

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 3 avril 2026 · 13 min de lecture

L’exhibitionnisme de la cruauté
Le 30 mars 2026, le Parlement israélien a voté en faveur ⁠d'un projet de loi visant à instaurer la peine de ‌mort par défaut pour les ‌Palestiniens reconnus coupables par des tribunaux militaires d'avoir tué des Israéliens. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a brandi une bouteille de champagne pour célébrer cette décision. © DR – Capture d’écran

Le spectacle est aussi choquant que la mesure elle-même. Le ministre israélien Itamar Ben-Gvir célèbre l’adoption de la peine de mort réservée aux Palestiniens, triomphant, rigolard, bouteille de champagne à la main. Nombre de soldats israéliens diffusent sur les réseaux des vidéos où on les voit humilier des prisonniers à terre, entre les flashs des incendies provoqués en Iran. La guerre des images se déchaîne plus que jamais.

Tout a été dit sur cette loi scélérate, discriminatoire, contraire à tous les principes humanistes occidentaux. Des peines décidées en territoires occupés par de pseudo-juges militaires, sans possibilité de recours. Cela ne changera guère le sort des populations visées. Elles sont déjà attaquées, martyrisées, avec des milliers de détentions illimitées sans jugements. Ce qui change, c’est l’affichage de la cruauté. Les vidéos diffusées par les soldats, comme celle d’Itamar Ben-Gvir, expriment une jubilation jamais ou rarement vue dans les conflits. Un exemple? Pas le pire, mais qui en dit long. De jeunes hommes armés se filment dans une maison du Sud-Liban abandonnée par ses habitants. Ils rigolent en saccageant tout: une poupée, un pot de fleurs, un meuble. Leurs supérieurs laissent faire. Ces joyeux casseurs ne sont pas forcément poussés par une foi incendiaire. Ils n’ont plus de repères moraux ou culturels, assourdis par une propagande haineuse. 

Cette mise en spectacle complaisante de la violence choque une part importante, mais minoritaire, des Israéliens, et tant de Juifs de la diaspora. Ils perçoivent combien ces images nuisent à l’Etat d’Israël et nourrissent l’antisémitisme dans le monde. Certains vont jusqu’à dire que les «néo-nazis» au pouvoir bafouent le judaïsme. Mais critiquer le gouvernement extrémiste sur place n’est pas facile. Le journaliste franco-israélien Charles Enderlin diffuse sur WhatsApp une séquence où l’on voit une vieille dame protestant contre la fameuse loi devant la Knesset, bousculée par les policiers, jetée à terre et insultée. Cet auteur du livre Au nom du Temple – La montée inexorable du messianisme juif a plus d’une fois dénoncé le comportement sadique des occupants, en Cisjordanie, à Gaza ou au Liban, là où des colons terroristes, soutenus par l’armée, persécutent les populations.

Relativisant l’impact de la nouvelle loi, un ancien prisonnier des geôles israéliennes raconte: «Ce n’était pas l’exécution qui nous terrifiait, mais ce qui la précédait. Là où l’humanité d’une personne est arrachée, où la douleur devient une compagne constante et la torture un quotidien sans fin, la mort devient un soulagement, un salut et une évasion.»

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