Les fous de Dieu incendient le monde

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 27 mars 2026 · 14 min de lecture

Les fous de Dieu incendient le monde
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Dans toutes les guerres les belligérants défendent ce qu’ils croient être leurs intérêts nationaux, sécuritaires, économiques, géopolitiques. Mais au cœur du trio engagé dans le conflit actuel au Moyen-Orient, une autre donne pèse lourd. L’extrémisme religieux. Trois eschatologies se mêlent et s’affrontent. Judaïque, évangélique et chiite.

Netanyahou n’en fait pas mystère. Dans son discours du 12 mars, il affirme que la guerre contre l’Iran porte une dynamique vers le but ultime de sa foi: «Nous atteindrons les pas du Messie… Alors je vous le dis, nous pourrions atteindre la révélation du Messie. Mais ça ne va pas arriver jeudi prochain.» Il ajoute: «Ce n’est plus le même Iran, ni le même Israël. Nous sommes devenus une superpuissance régionale». Allusion au «Grand Israël», à l’extension des territoires à conquérir. Comme le déclarait son ministre Bezalel Smotrich l’an passé à propos de la Cisjordanie: «Chaque implantation est un pas vers la Rédemption». Ces jusqu’au-boutistes formulent une autre exigence pour permettre le retour du Messie juif: la construction du Troisième Temple sur l’esplanade de Jérusalem. Problème: cet endroit est aussi le troisième lieu saint de l’islam. Autrement dit, pour réaliser cette prophétie, il faudrait potentiellement déclencher une guerre religieuse planétaire. 

En attendant l’apocalypse

Le gouvernement israélien a tout fait pour pousser Trump à la guerre. Mais un autre courant religieux a aussi joué un rôle-clé. Les évangéliques américains. On se souvient de la photo où ils entouraient de près le président à la Maison-Blanche, l’amenant à prier avec eux. Ils seraient entre 70 et 90 millions aux Etats-Unis, votant à 80 % pour les Républicains, alors que les Juifs, plutôt démocrates, ne sont que 6 à 8 millions. Ce pan extrémiste du protestantisme apporte un soutien inconditionnel à Israël. Il constitue le socle du sionisme chrétien. Nourri par la promesse d’une «fin des temps» qui ramènera le Christ sur terre après une période de chaos, l’apocalypse annoncée dans l’Ancien Testament. La vision évangélique rejoint celle du judaïsme, sans que soit évoquée la divergence des deux Messies…

Aujourd’hui, les tenants de cette lecture biblique sont puissants au sein de l’administration américaine. Son ambassadeur à Jérusalem plaide sans vergogne en faveur du «Grand Israël». Le ministre de la Défense, rebaptisé ministre de la Guerre, Pete Hegseth, ancien présentateur de Fox News, est un fer de lance évangélique: «La guerre en Iran est protégée par Dieu», a-t-il lancé. Ajoutant: «Nous sommes en guerre contre l’ennemi islamique, qu’il soit chiite ou sunnite, et nous les combattrons partout.» Ce qui lui a valu la réprimande du pape Léon XIV, horrifié par cette dérive du christianisme. Trump insiste lourdement sur le fait que ce ministre l’a poussé le premier à «y aller», à attaquer l’Iran. Pour le rendre demain responsable du désastre?

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