Info-bagatelle? Peut-être, mais elle fait gamberger quiconque aime les saveurs du vin. La société issue de la coopérative viticole de Lutry, fondée en 1906, Terres de Lavaux, ferme ses portes. De nombreux vignerons de la région arrachent leurs vignes, ne trouvant pas de repreneurs. Et, comme partout, leurs bouteilles se vendent mal. Le paysage géographique et gustatif est en train de changer.
Dans le cas de la société Terres de Lavaux, ce n’est pas une faillite. Grâce à la vente du bâtiment, les membres seront payés pour leurs dernières récoltes. Mais à quoi ressembleront ces lopins privés de ceps? On n’en sait rien. Des plantations d’oliviers? Ou de chanvre? Le problème est mondial. En France, 28 000 hectares passent à l’as, deux fois la superficie de tout le vignoble suisse.
L’ex-président de cette belle entreprise lutryenne, le médecin de famille et vigneron Jean-Charles Estoppey, avait poussé loin le raffinement. Non content de valoriser seulement la production locale, il allait avec ses compagnons à la rencontre de collègues italiens, français, catalans, et pouvait ainsi offrir une gamme de merveilleux crus en plus de ceux d’ici. L’entendre parler de leurs subtilités était un régal. Quand il expliquait quels chasselas s’améliorent en vieillissant, lesquels doivent être bus jeunes… Le verre à la main, le verbe gourmand.
On n’est certes pas privé de tels plaisirs. Mais le temps n’est plus où Estoppey pouvait expliquer dans le journal Le Temps (en 2018) que «consommé régulièrement et à dose modérée, le vin a de façon généralement admise aujourd’hui des effets bénéfiques sur la santé. On sait maintenant au moins en partie par quels mécanismes ces effets se produisent.» La courte morale hygiéniste a triomphé.






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