Cassis et Israël : une diplomatie sous influence


Depuis 2017, le conseiller fédéral tessinois Ignazio Cassis dirige la politique étrangère helvétique. Sur le dossier israélo-palestinien, un « équilibre » revendiqué entre Jérusalem et Ramallah a glissé, au fil de la guerre à Gaza, vers ce que ses détracteurs appellent un alignement sur les thèses d’Israël. Après nos révélations sur l’affaire Amal Mekki à Swissinfo et les biais du traitement médiatique occidental, ce troisième volet de notre enquête revient sur l’héritage associatif du ministre, la coopération militaire avec Israël et la fronde au sein de son propre département.
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Un diplomate parle d’ordinaire la langue des diplomates, ce dialecte subtil entre langue de bois et langue d’edelweiss. Celui qui accepte de nous parler, sous couvert d’anonymat, a abandonné ce registre. « Sur Gaza, la position de la Suisse est une honte, un acte manqué impardonnable, d’autant que ce qui s’est passé et se déroule toujours dans la bande est humainement impensable, insupportable. Nous sommes les gardiens des Conventions de Genève et le foyer de l’action humanitaire : cherchez nos actions sur le terrain. C’est le vide sidéral. Dans ce qui reste de la bande de Gaza, la situation est désastreuse, l’hiver arrive et tout manque. » Il précise que ce n’est pas le fonctionnaire qui parle, mais l’être humain.
Il n’est pas seul à le penser, et pas seulement sous le sceau de l’anonymat. Philippe Lazzarini, ancien commissaire général de l’UNRWA, juge lui aussi la position de la Suisse très timide, absente, décevante. Il reproche à Berne de ne pas avoir réuni la conférence des Hautes Parties contractantes aux Conventions de Genève, et estime, notamment dans son livre Témoin de Gaza, que le pays d’Henry Dunant n’a pas été à la hauteur de sa tradition humanitaire.
Un tropisme ancien
Dans ces critiques, un nom revient, celui du Tessinois. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter les fils. Né en 1961 à Sessa, au Tessin, Ignazio Cassis n’avait rien d’un diplomate de carrière. Médecin de formation, il fut médecin cantonal, présida plusieurs organisations faîtières du secteur sanitaire, puis devint vice-président de la Fédération des médecins suisses. Élu au Conseil national en 2007 sous les couleurs du Parti libéral-radical, il présida la commission de la sécurité sociale et de la santé publique. Son élection au Conseil fédéral, en 2017, avait déjà suscité des réserves à gauche en raison de ses liens avec le lobby des caisses-maladie.



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