Dans son nouveau livre, «Les miettes», l’écrivain alémanique Lukas Bärfuss expose la condition de femme immigrée, pauvre et mère célibataire dans la Suisse prospère d’alors. Il le fait sans aucun misérabilisme, sans états d’âme non plus. Ce qui encourage à se poser la question: qu’en est-il aujourd’hui?
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Adelina est la fille d’immigrés italiens. Elle naît à Zurich au début des années 1950. Son père meurt lorsqu’elle a dix-huit ans, sa mère la laisse en plan. Elle voudrait faire un apprentissage, elle est douée pour la couture. Mais elle a hérité d’une partie des dettes de son père, doit aller travailler à l’usine, elle sait à peine lire et écrire. Et puis elle devient mère célibataire. Elle est pauvre — on disait ça comme ça dans les années 1970, le vocabulaire n’avait pas encore été policé et aseptisé. Voilà un livre bien triste, oui, mais pas du tout misérabiliste.
Lukas Bärfuss est un écrivain formidable, un essayiste aussi, un auteur de pièces de théâtre. L’histoire qu’il raconte dans Les miettes est très largement inspirée par celle de sa mère. Elle parle de ses origines à lui, du monde où il a grandi (il est né en 1971), de la classe sociale d’où il vient.
Mais ce livre n’est pas un témoignage. C’est un roman, il ne faut pas confondre, Bärfuss ne s’y morfond pas. C’est un récit, il y expose des situations, une phénoménologie; il y décrit une époque, des relations de pouvoir, des effets et des causes, une dialectique. Il comprend son ontogenèse, et cela pourrait nous encourager à faire de même.






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