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Sonia Zoran, du journalisme à la littérature

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 23 janvier 2026 · 12 min de lecture

Sonia Zoran, du journalisme à la littérature
© Thomas Wüthrich

Des journalistes qui s’essaient à l’écriture de romans, il y en a beaucoup. Mais le livre de Sonia Zoran est plus qu’un exercice, c’est la plongée dans une vie. «La fille de sel» a accumulé ces pages sur plusieurs années. Il en sort un livre à la fois profond et léger.

Il faut dire que Sonia Zoran a une façon bien à elle de malaxer le verbe. Elle a créé à Chardonne Le magasin de mots. A la demande, elle écoute qui le souhaite et offre un portrait écrit à tout usage. Sa curiosité des autres l’a aussi amenée à réaliser un film documentaire, A la vie et à la mort, qui suit le quotidien d’un employé de pompes funèbres et musicien, entre cérémonies funéraires et vie familiale. Ce titre pourrait être aussi celui du livre qui sort ces jours. Le récit des lumières et des ombres qui l’habitent, adressé pudiquement à son père mourant.

Dans les librairies, on trouve pléthore de livres nourris de l’introspection intime de tel ou tel, de telle ou telle plutôt. Comme si nos émois devaient intéresser le grand public. Sonia Zoran évite le piège. Son approche de la vie n’a rien de nombriliste. Elle est curieuse des gens qu’elle rencontre, des paysages qui l’émeuvent, des mots qui passent d’une langue à l’autre. Née d’une mère vaudoise et d’un père balkanique, elle a trouvé le lieu où tout se noue et se dénoue pour elle: Otok — qui veut dire «île» en croate. Ne la cherchez pas sur la carte, le livre est un roman, pas un guide touristique, plutôt une invitation au voyage, à l’écoute d’ici et d’ailleurs, en l’occurrence de ce tout petit bout de terre posé sur la mer Adriatique, de ces mots qui fascinent l’auteure. Les intonations varient entre la côte et l’intérieur du pays, marquées par les proximités italiennes, germaniques ou slaves. Mine de rien, en toute finesse, on en apprend beaucoup sur ce pan balkanique de l’Europe. Hors des étiquettes nationales et des discours rivaux.

Pourquoi la fille est-elle «de sel»?

Parce que la mer l’habite. On la voit partout à Otok. De ses villages sans bagnoles, juste avec le bruit des bateaux, des vagues douces ou démontées. «Loin de la mer, une espèce de cage se forme autour de moi. Elle m’enserre. La cage s’ouvre quand je retrouve l’air marin et se ferme quand je m’en éloigne». Plongée libératrice dans les flots. Sortie en bateau avec les pêcheurs. Les poissons agonisent sur le pont, la bouche essoufflée. Comme ce père qui, loin de là, à l’hôpital, attend la mort. 

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