Regarder le phénomène de société qu’est l’intelligence artificielle au travers du prisme de la littérature permet de questionner le monde dans lequel nous vivons. L’écriture romanesque peut éclairer, entre autres, la complexité des relations individuelles et collectives entretenues avec la politique, l’économie et la technique ainsi que les jeux de pouvoir qui y sont associés. Voilà pourquoi lire ou relire certains livres qui ouvrent de nouveaux horizons en faisant œuvre de lucidité est important.
Nous sommes tous concernés par le fait que l’IA est un instrument de pouvoir et de domination pour les entreprises qui la conçoivent et l’imposent. Grâce à elle, le numérique réactualise le mythe du feu de Promethée comme nous le rappelions en 2010 dans le livre Technocivilisation, pour une philosophie du numérique: «Toute innovation technique est à double face selon le changement qu’elle opère dans la distribution et l’exercice du pouvoir, elle enlève le pouvoir à certains pour le donner à d’autres, en changeant la réalité pour tous».
«Mémoire d’un Robotoïde»
Notre dernier livre Mémoire d’un Robotoïde (paru chez Slatkine, 2026) conte l’épopée de l’intelligence artificielle. Il nous dit la fascination des humains pour une technologie qui finira par prendre le contrôle de leur imaginaire et de leur vie. Passant de l’ère de l’anthropocène à celle du robotocène, l’humanité se perd, à l’exception de quelques personnes qui défendent leur indéfectible désir de rester des humains et montrent des voies pour y parvenir.
Puisque l’IA permet de renforcer l’asymétrie de pouvoir et les inégalités entre celles et ceux qui l’utilisent et les organisations qui la contrôlent, il est urgent de questionner les manières dont l’IA renforce et pérennise les dominations parfois symboliques et inconscientes, les stéréotypes mais aussi l’exploitation économique des individus. Les systèmes d’intelligence artificielle internalisent les discriminations dans leur code et leurs modèles tout en les légitimant sous couvert de démarche scientifique appuyée sur les mathématiques et les statistiques. Cette croyance en un absolu de rigueur scientifique rend les décisions prises par l’IA et les actions qui en découlent inquestionnables. En réalité, elles résultent de traitements opaques, alimentés par des données non vérifiables, et développés à l’abri du «secret des affaires». Les biais des algorithmes sont les bais et les choix des institutions et des personnes qui les conçoivent, les entraînent et les paramètrent. Le brouillard communicationnel entretenu autour de l’IA masque le tout.






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