L’histoire des épidémies reste entourée de mystères et de fantasmes


Les virus n’ont pas attendu la modernité pour bouleverser les sociétés humaines. Dans un livre récent, les professeurs Didier Raoult et Michel Drancourt démontrent comment la paléomicrobiologie éclaire d’un jour nouveau l’histoire des grandes épidémies. De la peste à la grippe, du coronavirus à la lèpre, leurs recherches révèlent combien notre rapport aux maladies infectieuses reste traversé de mythes, d’incertitudes… et de leçons oubliées.
Les maladies virales font partie intégrante de nos vies. Nous attrapons la grippe en hiver, avons des rhumes, des gastro-entérites ou de l’herpès. Autant de dérangements passagers avec lesquels nous composons aisément. Nous sortons aussi d’une épidémie de coronavirus qui a, par les réactions qu’elle a suscitées plus que par le virus lui-même, chamboulé nos sociétés jusqu’au traumatisme collectif. Elle a ainsi apporté la preuve que la santé publique est une réalité multifactorielle et complexe. Plus récemment, une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse a éclaté dans des troupeaux de bovins français et italiens. La réponse sanitaire européenne – la vaccination à tout prix – rappelle d’ailleurs étrangement celle édictée lors du Covid…
Les virus, donc, sont autour de nous et en nous. Pourtant, leur apparition et leur développement, en particulier lors d’épidémies, restent souvent mystérieux, tout comme les raisons de leurs mutations ou de leur disparition. La lèpre, par exemple, qui tue encore chaque année près de 200 000 personnes dans le monde, demeure un point d’interrogation pour les chercheurs. L’incertitude est d’autant plus forte lorsqu’il s’agit d’étudier les épidémies du passé.
Dans son dernier livre, coécrit avec le professeur Michel Drancourt, le controversé microbiologiste Didier Raoult – rendu célèbre auprès du grand public lors de la crise du Covid-19 – nous plonge dans l’étude passionnante des maladies infectieuses anciennes. Son passage à Genève, début octobre, n’a pas manqué de raviver les polémiques à son encontre. De manière assez futile, il faut bien le dire, quoi qu’on pense par ailleurs de l’homme et de ses aspérités (bien réelles). Lors de cette soirée organisée à l’hôtel du Parc des Eaux-Vives par l’association Convergences, plusieurs idées reçues au sujet des épidémies ont été battues en brèche par le microbiologiste marseillais. Prenons-en quelques-unes.
Les coronavirus, plus vieux que la grippe?
L’apparition de la grippe, par exemple – la fameuse influenza avec laquelle nous cohabitons chaque hiver – est l’objet d’un véritable débat historique. A-t-elle toujours existé, comme l’affirment nombre d’historiens et d’épidémiologistes? Pour le professeur Raoult, sa première occurrence documentée remonte à 1918, avec la célèbre grippe espagnole – en réalité partie des Etats-Unis – qui a causé 40 millions de morts. Avant? Rien de probant à l’heure actuelle, selon le microbiologiste marseillais. Les données disponibles suggèrent «l’absence de circulation de la grippe dans les populations humaines avant mai 1918», écrit-il.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.