Derrière le mot neutralité

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 28 août 2026 · 4 min de lecture

Derrière le mot neutralité
© Image générée par l’IA

Nous voilà submergés d’arguments pour ou contre l’initiative soumise au peuple le 27 septembre. Et si l’on s’interrogeait sur la nature même de ce mot, la neutralité. Ce n’est pas un principe philosophique, c’est un comportement individuel ou collectif face à une situation de conflit. Pas seulement une guerre, parfois une simple dispute. Un choix personnel. Fermer les écoutilles ou pas. Prendre parti ou pas. Se taire ou agir.

Ce n’est pas par hasard que, outre la Suisse, d’autres pays européens ont opté pour la neutralité. L’Autriche qui, vu son passé, l’a ancrée dans sa constitution, zigzaguant avec elle comme à Berne. Malte, depuis longtemps au cœur d’une région de tensions. Comme Chypre. L’Irlande l’est dans les faits, traumatisée par l’emprise britannique d’hier. La Serbie, enfin, qui jongle entre plusieurs tableaux. La Finlande et la Suède, neutres hier, ne le sont plus aujourd’hui, ayant adhéré à l’OTAN. L’histoire et la géographie pèsent donc. Comme c’est le cas pour la Suisse. Sa neutralité actuelle, à périmètres variables, est d’une élasticité telle que le monde s’y perd… et s’en fiche. Ce choix politique ne peut être un satisfecit nombriliste, il n’a de sens que s’il est perçu et reconnu comme tel à l’échelle internationale. A cet égard, l’ère Cassis est une rupture. Sa neutralité en mode chewing-gum défait ce que nos diplomates ont forgé pendant des décennies, la vision d’une Suisse active, crédible dans les efforts de paix. C’est ce qui pousse certains, même nullement proches de l’UDC, à soutenir l’initiative. 

Il y a donc des raisons pour définir notre politique plus rigoureusement. De bonnes et de mauvaises à notre sens. Si c’est pour rentrer dans notre coquille et se croire ainsi protégés des turbulences, et défendus par notre vaillante armée, c’est absurde. Les nations, que cela plaise ou non, sont interdépendantes à divers degrés. Mais si la neutralité, conjuguée si possible avec d’autres, peut offrir un espace de dialogue entre belligérants, elle est louable, nécessaire même. Tenter la négociation, un chemin d’accords, n’est-ce pas infiniment plus raisonnable que de rester les bras croisés en jouant les petits soldats devant une guerre qui s’éternise et s’élargit? Il n’est jamais trop tard.

Neutralité n’est pas indifférence

Sur un plan plus personnel, comment ressent-on cette notion de neutralité? Il est souvent dit qu’elle constitue notre identité propre. Celle-ci, d’ailleurs diverse dans un pays puzzle comme le nôtre, est autrement plus profonde et plus large. Pour beaucoup, soyons francs, elle équivaut à l’indifférence au monde, trop bruyant, trop menaçant. On préfère se boucher les oreilles, restreindre le champ du regard, s’abstenir de toute opinion. Alors même, soit dit en passant, que les textes en question, l’actuel et le nouveau, n’interdisent nullement le droit de porter un jugement sur les situations critiques. Mais il est si facile de vivre le nez fixé seulement sur ce qui nous chante. Quitte à ce que tôt ou tard le réel nous rattrape. 

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