Cette décision du Conseil fédéral obéit à deux raisons. L’alignement sur une disposition semblable de l’UE. Et le souci de voir toujours plus nombreux les soldats d’Ukraine sortir des rangs et tenter leur chance à l’étranger. Jamais dans l’histoire des guerres modernes une telle proportion de défections n’a été constatée.
On estime à Kiev que 200 à 250’000 hommes ont quitté le service, se sont soustraits aux obligations militaires. Quant à l’ex-ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, aujourd’hui limogé et recyclé comme conseiller militaire en Italie, il allait plus loin. Il estimait, en janvier 2026, qu’environ deux millions d’Ukrainiens se sont soustraits à l’appel, de diverses façons. Notamment par l’exil volontaire. Grâce aux copieux pots-de-vin filés en douce aux recruteurs ou aux faveurs ouvertement accordées aux fils de politiciens, de chefs d’entreprise importants. Cette lucidité, cette franchise lui ont valu la sympathie d’une grande part de l’opinion publique. Et sa disgrâce.
L’extrême fatigue des troupes est mise en cause. Les missions actives au front durent parfois jusqu’à quarante jours. Les soldats, jeunes ou vieux, finissent par craquer. Des régiments de quatre à cinq mille hommes ne peuvent plus aligner qu’une faible partie des effectifs. Or rien ne remplace l’infanterie pour tenir un territoire au sol. Le sinistre bal des drones et des missiles provoque de sérieux dommages à l’intérieur des deux camps mais ne modifie pas la ligne de front qui bouge très peu depuis des mois. Devant le nombre des défaillances, l’armée ne mise pas ou peu sur la répression. Elle propose même aux combattants épuisés sur le départ de les réintégrer dans d’autres unités, en d’autres lieux. Avec plus ou moins de succès.
Dans les rangs russes, la fatigue est immense aussi. Mais la donne est différente. Les combattants sont des volontaires, attirés par des soldes importantes et bien sûr fortement encouragés à faire le pas. La mobilisation générale n’est pas décrétée pour le moment mais envisagée à Moscou, dit-on. Ce qui équivaudrait à 400’000 hommes supplémentaires. Néanmoins les données judiciaires indiquent 18’500 condamnations pour abandons momentanés de poste ou désertions entre février 2022 et juillet 2025. Chiffres sans doute en augmentation mais guère comparables au tableau ukrainien. D’autant que l’immense pays russe compte 143 millions d’habitants pour 28 millions dans la malheureuse Ukraine qui en totalisait 51 millions en 1991. Rien qu’en 2025, 5,6 millions de personnes se sont réfugiées à l’étranger.






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