L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

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Daniel Rousseau
(Les intertitres sont de la rédaction)
Une partie de l’élite politique suisse a opté pour une vassalité assumée en invoquant la chance de pouvoir aujourd’hui choisir le maître qu’il faudra servir comme s’il s’agissait d’une fatalité du moins pire. On s’agenouille devant cette Europe qui n’existe pas vraiment pour ne pas ramper devant l’empire mégalomaniaque du narcissique agent immobilier américain ou du géant chinois et son obsession du contrôle absolu. Avons-nous si peu d’ambitions pour déjà réfléchir comme des esclaves? La Suisse est capable de négocier, d’échanger, d’anticiper et de convaincre par ses compétences professionnelles pointues, son savoir-faire reconnu à l’international et ses connaissances en gestion politique, avec autant de pays qu’il faut pour ne pas devoir se soumettre à un seul empire hégémonique.
Lorsque la Suisse avait déjà refusé son adhésion à l’Europe et négocié les bilatérales, on lui avait prédit un avenir obscur. Aujourd’hui, de nombreux pays européens envient nos accords. Il ne s’agit pas d’un pari risqué sur l’avenir. Il s’agit de poursuivre ce qui a fait notre Histoire, notre force et de le conjuguer au futur. La montée des extrêmes dans le monde est la conséquence prévisible des accords qui font des petites gens des esclaves au nom d’un protectorat illusoire de la part d’un Etat qui ne profite qu’aux élites au pouvoir. C’est l’Europe de Mme Von der Leyen, celle de Macron. C’est la Russie de Poutine et le terrain de jeu favori de Donald, le Twitteur compulsif au service de sa mégalomanie.
La Suisse s’est construite grâce à des alliances opportunes contre un ennemi commun sans sacrifier pour autant l’autonomie de ses habitants. Elle a construit sa richesse et s’est imposée dans le monde en dépit de sa petitesse. Elle a chassé les Autrichiens, combattu les Français il y a plus de 700 ans et s’est imposée comme une puissance militaire crainte et respectée qui s’est concrétisée par la signature du congrès de Vienne et la reconnaissance européenne et définitive de sa neutralité.
Quand la liberté cède au confort
La menace la plus pressante aujourd’hui ne vient pas de nos Etats voisins qui aimeraient faire de la Suisse un riche allié qui débourse pour payer leurs propres erreurs stratégiques. Elle vient d’une partie de la classe politique prête à s’agenouiller devant celui qui pourra garantir la poursuite de son confort actuel. Elle préfère le confort de l’esclave qui travaille pour un maître généreux que le risque de devoir se battre pour conserver son statut de femme ou d’homme libre. Elle est gangrénée par cette paresse occidentale qui colporte l’illusion de travailler moins pour gagner plus. Elle veut voyager partout, naviguer sur tous les océans, traverser le monde dans les airs et pouvoir séjourner dans tous les pays du monde grâce à un passe mondial, le tatoo d’un code-barres qui marque définitivement l’appartenance de celui qui le porte à celui qui l’a conçu. Dans la réalité, c’est un rite de passage de la créature libre à un objet de consommation. C’est bien de cet ultime choix que va se dessiner le monde dans lequel nous voulons vivre. D’un côté, il y a un monde globalisé, composé de consommateurs autorisés à acheter et à vendre selon des normes établies qui garantissent en retour le confort des hommes objets et leur longévité. De l’autre côté se dresse une autre vision de l’être humain qui travaille et jouit du plaisir de vivre des plaisirs simples qu’il a obtenus à la sueur de son front mais dont la fierté est celle que tout homme libre ressent: celle d’être à sa juste place dans un monde qui n’a pas attendu l’homme pour exister.
Le piège de la tutelle européenne
Alors, si l’Europe se contentait d’être un moyen pour que ses habitants puissent lutter ensemble contre des ennemis communs, je signerais. Mais l’Europe d’aujourd’hui démontre quotidiennement qu’elle ne défend pas l’intérêt de tous ses peuples. Elle défend sa grandeur, sa place dans le monde des empires coloniaux, et n’hésite pas à piétiner les libertés individuelles pour parvenir à ses fins. Les accords proposés à la Suisse en sont l’exemple flagrant qui tente habilement de faire perdre à la Suisse son autonomie en offrant à l’Europe le pouvoir de contester en dernier recours ses décisions judiciaires, son code du travail, son autonomie en termes de gestion migratoire et sa neutralité dans des conflits qui ne la concernent pas.
Cette Europe invasive n’est pas au service de sa population mais de son seul rêve de puissance, orchestré par des femmes et hommes politiques qui rêvent de l’incarner pour entrer dans l’Histoire.
Enfin, il y a aussi cette illusion partagée par tous ceux qui critiquent un système capitaliste qui arrive à bout de souffle, que l’adhésion à une plus grande entité leur permettrait de mieux se faire entendre. La vérité est toute autre et facilement reconnaissable avec l’exemple de ce grand pays qu’est la France, leader européen, qui n’a pas pesé du tout dans la balance lorsque Mme Von der Leyen a signé les accords avec le Mercosur contesté par la France, tous ses agriculteurs, les organismes de santé publics, les écologistes et son président.
Il existe un grand paradoxe dans l’histoire du monde: les hommes ne veulent pas bien vivre chez eux, ils veulent mieux vivre que les autres même lorsqu’ils vivent déjà bien. Cette obsession a le don de rendre perpétuellement insatisfaits même les hommes les plus fortunés de la planète, ceux qui font partie de ce 1% de la population qui détient la moitié de la fortune mondiale. Vivre bien ce n’est pas vivre mieux mais c’est se satisfaire de l’essentiel et rêver au superflu tout en se disant qu’on n’en a pas besoin. La Suisse n’a pas besoin d’un tuteur qui confisque ses libertés et ses choix en faisant miroiter la possibilité d’avoir plus que ce qu’elle possède déjà. En acceptant ce deal, elle renonce sans s’en rendre compte à ce qui la rendait plus riche que les autres: sa liberté et son indépendance.
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