100 % Mabrouk: la France en boucle fermée

© DR
Il faut commencer par le mot lui-même, parce qu’il porte à lui seul tout le paradoxe français. «Mabrouk», en arabe, ce n’est pas un patronyme anodin: c’est une formule de joie, celle qu’on adresse à un mariage, à une naissance, à une réussite… et à une victoire à la présidentielle. «Mabrouk», félicitations, bravo, ce mot, on le crie, on ne le murmure pas. Et voilà que cette expression arabe de bénédiction devient, sur BFMTV, un titre pour une émission politique, «100 % Mabrouk», déclinée du dimanche au jeudi de 18 h 45 à 21 h, pour habiller un programme où défilent, au micro de Sonia Mabrouk, dès la première semaine, l’extrême droite: une entrepreneure épinglée pour des propos jugés misogynes et racistes, une ex-chroniqueuse de CNews écartée pour dérapage islamophobe, et un rendez-vous hebdomadaire programmé avec un édile longtemps proche du Rassemblement national.
La direction de la chaîne a beau jurer qu’elle veille et surveille le moindre dérapage de sa recrue vedette, la ficelle symbolique est trop grosse pour qu’on ne s’y arrête pas: un pays qui débat en boucle de son rapport au port du voile, aux Arabes, à l’islam, à l’immigration maghrébine confie une heure et quart de grande écoute quotidienne, sous une bannière au nom arabe, à une femme née à Tunis, érigée en modèle d’assimilation réussie, pour y recevoir, en meilleure place, des voix habituées à désigner comme un problème les Français issus de cette même immigration. Il y a là un comique...
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