Damas, Beyrouth, Ankara: la nouvelle carte du Levant


Pendant que la France mise sur la reconstruction syrienne et que l'Iran cherche à revenir dans le jeu régional, le Liban, lui, reste à l'écart, oublié du cortège présidentiel français et des priorités diplomatiques. Entre insécurité persistante et rivalités de puissances, Paris joue seul sa carte au Levant, sans filet américain.
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Emmanuel Macron, lunettes d’aviateur, et Ahmed al-Chareh, en élève sage, côte à côte à Damas, mardi 7 juillet, devant un parterre de chefs d’entreprise français venus flairer les contrats de la reconstruction syrienne. D’un côté, un président français en fin de mandat, pressé de graver dans le marbre un retour diplomatique qu’il présente comme historique. De l’autre, un ancien chef de faction islamiste devenu chef d’État, en costume sombre, soucieux de projeter l’image d’un homme d’État fréquentable, celle que réclament aujourd’hui Ankara, Riyad et, plus prudemment, Washington.
La scène se joue sur trois tableaux à la fois. À Damas, la France signe son retour. À Ankara, Donald Trump rencontre Recep Tayyip Erdogan et doit s’entretenir avec Chareh lui-même, sous le regard d’un Netanyahu qui observe, comme le lait sur le feu, les positions de la Maison Blanche. À Genève, une diplomatie iranienne exsangue négocie sa survie et profite de la séquence suisse pour écouler ses stocks de pétrole. Beyrouth, elle, ne figure sur aucun de ces tableaux. Elle regarde, pestiférée, un théâtre régional où son nom n’est plus prononcé qu’en aparté.
La Syrie, corps malade d’un ordre régional en formation
Il faut nommer les choses: la Syrie que Macron visite est un pays en faillite. Quatorze années de guerre ont détruit non seulement les infrastructures, mais l’architecture même de l’État, une monnaie exsangue, une administration à reconstruire, une armée à refondre, une justice quasiment absente pour juger les crimes de l’ancien régime comme les nouveaux. La classe politique elle-même est à réinventer, dans un pays où la société civile a été laminée par la répression, l’exil et la guerre confessionnelle.




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