La FIFA (Fédération internationale de football association) gouvernait autrefois le football mondial. Elle doit désormais composer avec les intérêts des grandes puissances. À travers la Coupe du monde 2026, les crises de gouvernance de l’organisation et la proximité croissante entre Gianni Infantino et Donald Trump, se dessine un basculement plus large.
Dans Une brève histoire de l’avenir (Editions Fayard, 2006) Jacques Attali développait une réflexion assez singulière sur les nouvelles formes de gouvernance mondiale. Il voyait dans la FIFA (Fédération internationale de football association) l’un des exemples les plus aboutis d’une institution mondialisée, capable d’exercer une autorité qui, dans son domaine, dépassait parfois celle des États eux-mêmes. À bien des égards, la FIFA avait progressivement acquis de telles prérogatives que celles-ci lui permettaient d’obtenir des gouvernements qu’ils adaptent leur législation, leur fiscalité ou leurs dispositifs de sécurité à ses exigences.
Pendant longtemps, cette analyse décrivait assez fidèlement la réalité. Forte de plus de deux cents fédérations membres (davantage que l’ONU), présente sur tous les continents et suivie par plusieurs milliards de téléspectateurs à chaque Coupe du monde, la FIFA occupait jusque-là une position singulière dans les relations internationales. Lorsqu’un pays obtenait l’organisation d’un Mondial, il lui appartenait d’adapter ses infrastructures et le cadre organisationnel aux demandes expresses de la fédération. Rares étaient alors les institutions capables d’exercer une telle influence sur les politiques publiques.
Mais la Coupe du monde 2026 pourrait bien marquer la fin de cette exception. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la FIFA ne semble plus être en mesure d’imposer ses règles à tous les États. Les États-Unis paraissent au contraire en mesure d’imposer progressivement leur propre agenda à l’organisation. Ce renversement dépasse largement le cadre du football. Il traduit une évolution plus profonde de l’ordre international: après plusieurs décennies marquées par la mondialisation et l’essor des acteurs transnationaux, les souverainetés nationales et les rapports de puissance retrouvent une place centrale. Lire la suite…