Entre principes juridiques et rapports de force, le Sahara occidental reste un révélateur des tensions qui traversent la scène internationale. Ajustements diplomatiques européens, repositionnements américains, choix français et posture algérienne illustrent les contradictions d’un dossier où se croisent décolonisation inachevée, enjeux de souveraineté et intérêts stratégiques. Au-delà du conflit territorial, c’est la cohérence même de l’ordre international qui s’y trouve interrogée.
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Le 28 janvier 2026 , l’Union Européenne, à la suite de la 15e session du Conseil d’Association entre le Royaume du Maroc et l’Union Européenne, déclare dans son communiqué du 29 janvier qu’elle adopte une nouvelle position sur le Sahara occidental: «La partie européenne a rappelé l’attachement de l’UE au règlement du différend du Sahara occidental et salué l’adoption de la Résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies…. pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour parvenir à un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, conformément à la Charte des Nations Unies.» Puis, plus loin: «…sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.» [1] Autrement dit, un communiqué conjoint UE-Maroc qui traduit l’ambivalence de l’UE sur le dossier et qui se lit comme une victoire diplomatique du côté du Maroc.
Le Sahara occidental est, un demi-siècle après le départ de l’Espagne, le dossier où se heurtent sans filtre le principe – décolonisation, autodétermination, droit des peuples – et la logique de puissance – alliances, sécurité, marchés, rapports de force. Dans ce thriller géopolitique, la position française est devenue un cas d’école: Paris proclame vouloir une solution «conforme aux résolutions de l’ONU», tout en verrouillant politiquement l’issue autour d’un seul scénario, celui de l’autonomie sous souveraineté marocaine, rendant l’écart entre langage juridique et choix diplomatiques de plus en plus visible.
Une décolonisation inachevée
A partir de 1884, l’Espagne administre la Saguia el-Hamra et le Río de Oro, qui seront ensuite inscrits par l’ONU parmi les territoires non autonomes, autrement dit à décoloniser dans le cadre de la doctrine onusienne de l’après-guerre. Cette qualification reste déterminante. Dans les années 1970, le conflit se cristallise. Le Front Polisario est créé en 1973, sur une revendication nette d’indépendance et d’autodétermination. En octobre 1975, la Cour internationale de justice reconnaît l’existence de liens d’allégeance entre certaines tribus et le sultan du Maroc, mais refuse d’y voir un titre de souveraineté territoriale faisant obstacle au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Un mois plus tard, les accords de Madrid organisent le transfert de fait de l’administration du territoire à Rabat et Nouakchott, sans traiter de la souveraineté. Pour l’ONU, cela ne constitue ni une décolonisation régulière ni un règlement du statut, ce que confirme, en 1976, la proclamation unilatérale de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) par le Polisario.





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