Du brut à l'hélium, du soufre au naphta, la guerre américano-israélienne contre l'Iran a mis à nu la fragilité des chaînes d'approvisionnement mondiales. L'accord de paix entre Washington et Téhéran ouvre la voie à une décrue. Mais la paix ne suffira pas à refermer aussitôt des plaies économiques qui mettront des mois à se résorber.
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Il aura suffi d’une nuit pour déclencher la crise; il faudra plusieurs mois pour s’en relever. Le 28 février, l’opération américano-israélienne «Fureur épique» a frappé l’Iran et tué, dès ses premières heures, le guide suprême Ali Khamenei, quatre décennies après son accession au pouvoir. En représailles, Téhéran a actionné l’unique levier capable de provoquer un séisme global: le blocage du détroit d’Ormuz, ce corridor d’une cinquantaine de kilomètres par lequel transitaient chaque jour un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, ainsi que des vraquiers d’alumine, des chimiquiers de naphta et des cargaisons de semi-conducteurs asiatiques. D’environ cent cinquante navires quotidiens avant l’escalade, le trafic est tombé à une dizaine en avril, une chute de plus de 90 %, tandis que la prime d’assurance guerre sur les cargaisons explosait. Ce n’est pas un simple choc pétrolier, mais la démonstration qu’un détroit peut, en quelques heures, devenir une arme économique absolue, qui se désamorce bien plus lentement qu’elle ne se déclenche. Et pour faire payer Donald Trump et ses alliées, les monarchies du Golfe, les mollahs s’apprêtent à instaurer une taxe Ormuz sur le trafic maritime dans la région, qui n’a pas fini de faire flamber nos factures.
Un choc tous azimuts des matières premières
A son pic, au printemps, le tableau des matières premières était saisissant: hélium doublé, gaz européen (TTF) en hausse de 74 %, Brent passé de 72 à 114 dollars (+70 % depuis janvier, la plus forte hausse depuis 1988), naphta à +55 %, soufre à +45 %, urée à +40 %, ammoniac à +35-50 %, aluminium à +20-30 %, polyéthylène à +30 %. La Banque mondiale anticipait une hausse de 16 % des prix des matières premières sur l’année, portée par un bond de 24 % de l’énergie: pas un choc pétrolier, un choc de civilisation industrielle. L’annonce de la fin de la guerre contre l’Iran a rebattu une partie de ces cartes, sur le pétrole surtout, mais ne peut effacer trois mois et demi de désorganisation physique des marchés.
L’hélium, le gaz invisible qui fait trembler la Silicon Valley
Le 2 mars, des frappes iraniennes ont visé le complexe gazier qatarien de Ras Laffan, la plus grande usine de liquéfaction de gaz naturel au monde, interrompant du même coup l’extraction d’hélium, sous-produit inséparable du procédé de liquéfaction: dès que les installations de GNL s’arrêtent, la production d’hélium s’arrête aussi, intégralement. Selon les estimations du cabinet AKAP Energy, jusqu’à 30 % des volumes annuels qatariens pourraient être perdus en 2026, soit environ 11 % de l’offre mondiale, le Qatar en assurant à lui seul près d’un tiers en temps normal. Le prix a doublé en une semaine, avant de poursuivre sa hausse lorsque de nouvelles frappes, le 18 mars, ont visé le champ gazier iranien de South Pars puis, en retour, de nouveau Ras Laffan. Le PDG de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, a même évoqué la possibilité d’invoquer la force majeure sur ses contrats pour une durée pouvant atteindre cinq ans.






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