Réservé aux abonnés

Ormuz miné: le monde sans plan B

Sid Ahmed Hammouche

Par Sid Ahmed Hammouche · Publié le 23 juillet 2026 · 19 min de lecture

Ormuz miné: le monde sans plan B
© Depositphotos

Le Guide iranien est mort. Son fils héritier appelle à la vengeance. Ormuz, lui, est bien vivant et il tue à petit feu l'économie mondiale. Un détroit de 24 miles de large miné par des Gardiens de la Révolution sans maître, négocié par des diplomates sans prise, redouté par des marchés sans alternative. Déminer le détroit prendra des mois. Déminer la région prendra des décennies. Le monde vient de comprendre, à ses dépens, qu'il n'avait pas de plan B.

Il y a un mot qui résume 2026 dans le Golfe Persique: mine. Mine sous-marine dans le détroit d’Ormuz. Mine diplomatique dans les négociations entre les mollahs et Donald Trump. Mine politique dans les entrailles du pouvoir iranien post-Khamenei. Mine économique dans les fondations de Dubaï, Doha et Riyad. La guerre américano-israélienne contre l’Iran a transformé le passage le plus stratégique de la planète en un champ de mines, au sens propre comme au figuré. Et désamorcer tout cela prendra bien plus longtemps que les communiqués officiels ne veulent l’admettre.

Déminer le détroit: une opération qui prendra des mois, peut-être d’années

Commençons par la réalité la plus concrète, celle que les diplomates esquivent et que les marchés redoutent: le détroit d’Ormuz est miné, et personne ne sait exactement ni combien, ni où. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a développé depuis des décennies une doctrine militaire que les stratèges américains nomment sobrement «Anti-Access/Area Denial», le déni d’accès. Les mines marines en sont la pièce maîtresse: bon marché, difficiles à détecter, capables à elles seules de paralyser une route commerciale entière. L’Iran disposerait d’un arsenal compris entre 2000 et 6000 mines, déployables rapidement via des embarcations légères, des sous-marins ou des navires commerciaux modifiés. A chaque menace de frappe ou d’invasion, les Gardiens ont perfectionné ce réflexe: balancer des mines dans les eaux du Golfe. C’est leur ultima ratio, leur ligne rouge permanente.

Selon des sources diplomatiques, les opérations de déminage prendraient au minimum trente jours dans le meilleur des scénarios. Dans la réalité, l’élimination d’un champ de 50 à 100 mines exige entre 21 et 53 jours selon la Naval War College (NWC). Pour un champ complexe ou dissimulé, comptez plusieurs mois. Et même après la fin des opérations, le risque résiduel ne disparaît jamais. Les démineurs ukrainiens en mer Noire retrouvent encore aujourd’hui des mines datant de la Première Guerre mondiale.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
4 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Comment Israël et son lobby ont mené l’Amérique à la guerre contre l’Iran

GéopolitiqueArticle

Comment Israël et son lobby ont mené l’Amérique à la guerre contre l’Iran

Israël, son lobby et Washington: une alliance qui ne dit pas son nom, mais qui façonne depuis des décennies la politique américaine face à l'Iran. Milliardaires, néoconservateurs, évangélistes, complexe militaro-industriel, Congrès et grands médias... l'AIPAC mobilise une puissance financière et politique sans équivalent pour pousser l'Amérique vers l'affrontement avec Téhéran.

Jean-Pierre Vettovaglia

La guerre en Iran vue d’Afrique

GéopolitiqueArticle

La guerre en Iran vue d’Afrique

Même si les responsables politiques font preuve d’une certaine retenue, par crainte de mesures de rétorsion, aux yeux d’une bonne partie de l’opinion publique africaine, la guerre menée par les Etats-Unis et Israël en Iran est illégale et relève de l’hégémonie occidentale sur le reste du monde.

Catherine Morand