Tunisie, la grande désillusion


Sous le régime de Kaïs Saïed, le pays qui incarna le «printemps arabe» est devenu une vaste cage. Économie sinistrée, presse muselée, opposants derrière les barreaux: quinze ans après la révolution du jasmin, la Tunisie se bat contre ses vieux démons.
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«Le peuple a faim et les prisons sont pleines.» En ce printemps à Tunis, sur l’avenue Habib Bourguiba, l’artère qui avait vu naître la révolution de 2011, ces six mots ont flotté sur les pancartes, scandés par des centaines de voix avant d’être étouffés par la répression policière. Les manifestants arborent des photos de détenus politiques; d’autres portent des billets de dinar, symboles d’un pouvoir d’achat évaporé. Comme au temps du dictateur Ben Ali, les premières arrestations se produisent rapidement. Puis le ministère de l’Intérieur communique sur des «troubles à l’ordre public fomentés par des agents de l’étranger». Les images circulent sur les réseaux sociaux, invisibles dans la presse officielle.
C’est désormais le visage ordinaire d’une Tunisie qui a basculé, progressivement, méthodiquement, dans ce que ses habitants nomment entre eux, à voix basse, une «démocrature». Quinze ans après Ben Ali, les Tunisiens découvrent que la répression sévit toujours.
Le miracle défait
Il y avait, dans les rues de Tunis en janvier 2011, quelque chose qui ressemblait à un miracle. Ben Ali venait de fuir en Arabie saoudite après vingt-trois ans de règne, et une foule incrédule scandait «Dégage», ce mot simple, brutal, libérateur, qui allait traverser toute la rive sud de la Méditerranée comme une étincelle dans un champ de paille. Seule la Tunisie ferait l’histoire jusqu’au bout: seule à négocier une constitution, seule à organiser des élections pluralistes. Le reste du monde arabe regardait avec envie. On parlait de modèle.




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