Comment les services britanniques ont influencé la presse suisse pendant la guerre froide

Jean-Christophe Emmenegger

Par Jean-Christophe Emmenegger · Publié le 20 mars 2026 · 19 min de lecture

Comment les services britanniques ont influencé la presse suisse pendant la guerre froide

Pendant des décennies, la Suisse s’est pensée et a été perçue comme un observateur distant de la guerre froide. Neutre, prudente, à l’écart des blocs, elle aurait traversé l’affrontement Est-Ouest sans vraiment y prendre part. Cette représentation rassurante a durablement façonné la mémoire collective helvétique. Les archives racontent une autre histoire.

Sommaire

La Suisse dans la guerre secrète de l’information – Episode 1

Derrière la façade officielle, la Suisse fut l’un des terrains d’action privilégiés de l’Information Research Department (IRD), une unité ultra-discrète du Foreign Office britannique, chargée de mener la guerre psychologique contre le bloc soviétique qui, de son côté, menait également des opérations d’influence.

En 2020, des documents déclassifiés du Foreign Office ont révélé un financement secret de l’agence de presse Reuters par le gouvernement britannique dans les années 1960-1970, à la demande de l’IRD, en utilisant la BBC comme couverture pour ses paiements, et ce, dans le but de développer la propagande antisoviétique en Amérique latine et au Moyen-Orient.

En 2021, The Grayzone, blog américain de journalistes d’investigation, a révélé que Reuters, la BBC et Bellingcat auraient participé à des programmes secrets financés par le ministère britannique des Affaires étrangères pour «affaiblir la Russie» de manière agressive, dans le cadre du conflit russo-ukrainien actuel. L’Ecole de guerre économique, une importante institution de formation en intelligence économique française, a confirmé cette pratique en la qualifiant de «doctrine informationnelle mise en place afin d’effectuer un tir de barrage, une omerta, sur toute tentative de déstabilisation» dans le cadre de la dégradation des rapports russo-britanniques. Cette «nouvelle stratégie semble mondialement coordonnée, et est extrêmement efficace». Elle chercherait à « bloquer les informations » liées aux campagnes russes adverses.

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