La Suisse des années sombres, entre «défense spirituelle» et censure médiatique


En période de conflits armés, la recherche de la vérité est souvent sacrifiée au profit de l’union nationale ou de la défense des intérêts de l’Etat. Exemple en Suisse entre 1930 et 1945 où, par exemple, fut institué un régime de «liberté surveillée» des médias qui demandait au journaliste d’«être conscient de ses responsabilités» et de «restreindre la liberté d’appréciation en matière internationale afin de sauvegarder le principe de neutralité et de conserver de bonnes relations avec tous les belligérants».
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La Suisse a été relativement épargnée par les conflits armés. Mais à certains moments critiques de son histoire récente, elle a dû se défendre contre des offensives psychologiques émanant de ses grands voisins européens. Ce fut le cas, notamment, lors de la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle des stratégies de «défense spirituelle» ont été adoptées par la Confédération pour protéger la population de l’assaut des idéologies fascistes et communistes. Dans ce contexte, la Suisse devait rendre crédible sa neutralité tout en affirmant sa volonté de défense. Le Conseil fédéral a donc maintenu un équilibre délicat entre une attitude conciliante envers l’Allemagne et la préservation de sa souveraineté, incluant le droit à la liberté d’expression, inscrit dans la Constitution helvétique depuis 1848.
Guerre des journaux
Avec l’entrée en guerre de l’Italie et la défaite de la France en juin 1940, la Suisse se trouva quasiment encerclée par les troupes allemandes. Le IIIe Reich mena alors une véritable «guerre des journaux» contre la Suisse. «Toute considération désagréable émise par un journal suisse pouvait être le prétexte d’un chantage politique, économique ou militaire», souligne l’historien Werner Rings dans son livre La Suisse et la guerre 1933-1945 (Lausanne, 1975). Le principal grief des dirigeants allemands était lié au principe de la neutralité, laquelle, selon Berlin, concernait non seulement l’Etat, mais aussi chaque citoyen, et donc la presse.
Le Conseil fédéral a toujours refusé d’instituer une censure sévère des médias, car le pays n’était pas officiellement en guerre. «En principe, et conformément aux conceptions démocratiques que l’on voulait affirmer face à l’Allemagne, la presse suisse restait libre. C’est pourquoi, sauf en cas de punition, la censure n’agissait qu’après publication: acte de confiance dans le sens de la responsabilité des journalistes, diront les uns, ruse du pouvoir conscient que l’autocensure serait encore plus sévère que l’intervention préventives, diront les autres», écrit l’historien André Lasserre dans son ouvrage La Suisse des années sombres, courant d’opinion pendant la Deuxième Guerre mondiale 1939-1945 (Lausanne, 1989).




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