Pologne-Russie: une rivalité séculaire toujours intacte

Publié le 21 novembre 2025

«Bataille d’Ignacewo», de Juliusz Kossak. Il s’agit d’une des affrontements de l’insurrection polonaise dite «de Janvier». Le 8 mais 1863, les forces insurgées commandées par Edmund Taczanowski affrontèrent un détachement de 2 000 hommes de l’armée impériale russe dirigé par Andrei Brunner. La bataille se solda par une victoire russe et les Polonais perdirent environ 160 hommes. © DR

La Pologne s’impose désormais comme l’un des nouveaux poids lourds européens, portée par son dynamisme économique et militaire. Mais cette ascension reste entravée par un paradoxe fondateur: une méfiance atavique envers Moscou, qui continue de guider ses choix stratégiques. Entre ambition et vulnérabilité, la Pologne avance vers la puissance… sous l’ombre persistante de son imposant voisin.

Pays longtemps considéré comme périphérique, et souvent décrit comme le cheval de Troie de Washington en Europe, la Pologne s’est imposée depuis la guerre en Ukraine comme la puissance politique, économique et militaire montante du continent. Soutien majeur de Kiev, pilier du flanc oriental de l’OTAN, Varsovie semble renouer avec ce qu’elle fut jadis: un acteur central de l’équilibre géopolitique européen, porté par un dynamisme économique remarquable depuis trois décennies.

À moyen terme, si les dynamiques actuelles se confirment, la Pologne dispose même d’une fenêtre historique: celle de devenir l’une des puissances dirigeantes de l’Union européenne et de contribuer à déplacer, en direction de l’Est, le centre de gravité européen. Dans l’hypothèse (plus ou moins crédible) de l’intégration de l’Ukraine et de la Moldavie à l’UE, Varsovie pourrait non seulement consolider sa profondeur stratégique, mais aussi se positionner comme l’interface naturelle entre l’Europe occidentale, le monde slave et l’ensemble eurasiatique. Autrement dit: une puissance-pivot, capable de relier des espaces géopolitiques qu’aucun autre Etat membre n’est aujourd’hui en mesure d’articuler.

Pourtant, cette ascension historique reste fragile. Elle se heurte à un élément central de la culture stratégique polonaise: une méfiance durable et profonde envers la Russie, ancrée dans plusieurs siècles de rivalité. Ce réflexe structure encore l’approche sécuritaire de Varsovie. Les responsables polonais savent qu’en cas de confrontation directe entre l’OTAN et Moscou, leur pays serait en première ligne et, probablement, l’une des premières cibles de la première puissance militaire nucléaire mondiale. Un tel scénario anéantirait en quelques instants la...

Ce contenu est réservé aux abonnés

En vous abonnant, vous soutenez un média indépendant, sans publicité ni sponsor, qui refuse les récits simplistes et les oppositions binaires.

Vous accédez à du contenu exclusif :

  • Articles hebdomadaires pour décrypter l’actualité autrement

  • Masterclass approfondies avec des intervenants de haut niveau

  • Conférences en ligne thématiques, en direct ou en replay

  • Séances de questions-réponses avec les invités de nos entretiens

  • Et bien plus encore… 

Déjà abonné ? Se connecter

S’abonner
Notification pour
5 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Politique

Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse

Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, une étroite fenêtre diplomatique semble s’entrouvrir. Forte de sa tradition de neutralité et de médiation, la Suisse pourrait saisir cette occasion pour renouer avec son rôle historique et contribuer à relancer une dynamique de paix.

Guy Mettan
Politique

Epstein était-il vraiment un «agent russe», comme le suggèrent certains médias?

Les documents déclassifiés révèlent des contacts réels entre le financier pédocriminel et des figures russes, dont un ex-vice-ministre proche du FSB et des tentatives répétées de contacts avec Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Si certains médias occidentaux y voient la marque d’un agent d’influence du Kremlin, les preuves d’une collaboration (...)

Martin Bernard
Politique

L’Europe dans le piège américain

«Etre un ennemi des Etats-Unis peut être dangereux, mais être leur ami est fatal», affirmait Henry Kissinger. Les Européens, qui voient leur position stratégique remise en cause, en font aujourd’hui l’amère expérience. Pourtant, aussi brutale et déconcertante soit-elle, la nouvelle stratégie géopolitique américaine a cela de bon qu’elle secoue l’Europe. (...)

Georges Martin
Politique, HistoireAccès libre

En faveur d’une Europe réconciliée, de l’Atlantique à l’Oural

Face aux tensions géopolitiques, l’Europe doit choisir entre l’escalade durable ou une nouvelle architecture de paix. Au-delà des logiques d’affrontement, une réconciliation avec la Russie, telle que la défendaient déjà De Gaulle et Churchill, offrirait une alternative à la fragmentation actuelle. Bien qu’elle puisse sembler utopique, cette perspective mérite réflexion, (...)

Klaus J. Stöhlker
Politique

Sahara occidental: la realpolitik contre l’autodétermination

Entre principes juridiques et rapports de force, le Sahara occidental reste un révélateur des tensions qui traversent la scène internationale. Ajustements diplomatiques européens, repositionnements américains, choix français et posture algérienne illustrent les contradictions d’un dossier où se croisent décolonisation inachevée, enjeux de souveraineté et intérêts stratégiques. Au-delà du conflit territorial, (...)

Nordine Saadallah
Politique, CultureAccès libre

Plaidoyer conservateur pour une civilisation en déclin

Voix conservatrice issue de la génération Z, Etienne-Alexandre Beauregard livre, avec «Anti-civilisation», une critique frontale du progressisme contemporain. Wokisme, fragmentation sociale et perte de l’unité nationale sont au cœur de son analyse. Un essai ambitieux, dérangeant et intellectuellement dense.

Bon pour la tête
Politique

Pourquoi l’Iran est un piège pour Trump et les Etats-Unis

L’Iran s’impose aujourd’hui comme l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de la présidence Trump. Entre promesse de mettre fin aux «guerres sans fin», pressions idéologiques internes et rivalités stratégiques mondiales, toute escalade militaire risquerait de transformer une crise régionale en tournant majeur de l’ordre international. Retour sur les racines (...)

Hicheme Lehmici
Politique

L’histoire tordue et effacée: une arme de guerre

Trump révise le passé des Etats-Unis et du monde pour le glorifier. Le pouvoir ukrainien efface l’héritage culturel russe. Poutine met entre parenthèses l’horreur de l’ère stalinienne. Xi Jinping fait de même avec la Révolution culturelle meurtrière de Mao. Israël écrase les traces et le souvenir de 5000 ans de (...)

Jacques Pilet
Sciences & Technologies

Au-delà des risques et des promesses, la force du grain de sable

Les événements récents, corroborés par la publication des derniers rapports annuels sur les risques, confirment la persistance des menaces existantes, désormais amplifiées par le développement de l’intelligence artificielle. Celles-ci s’inscrivent dans une dynamique de long terme marquée par la fragilisation des sociétés, sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques, de l’érosion (...)

Solange Ghernaouti
PolitiqueAccès libre

Multipolarité et démocratie: quand le discours se heurte à la réalité

Le discours moral international — science contre complotisme, droit contre force — apparaît de plus en plus déconnecté des pratiques réelles du pouvoir. Il ne tient plus dans un monde devenu multipolaire et se heurte à un système néo capitaliste qui neutralise le débat public. Mais si la multipolarité révèle (...)

Bon pour la tête
Economie, Politique, SantéAccès libre

La transparence aurait peut-être permis d’éviter la catastrophe de Crans-Montana

Le label «confidentiel» peut servir à dissimuler des contrôles négligés, des fautes professionnelles et du népotisme, et pas seulement en Valais. Partout en Suisse, le secret administratif entrave la prévention, protège les manquements et empêche les citoyens de contrôler l’action publique.

Urs P. Gasche
Politique

Moyen-Orient et fronde des Pays du Golfe: vers un ordre post-occidental?

Et si le véritable tournant stratégique du Moyen-Orient ne venait pas de Washington, mais du Golfe? En bloquant l’option militaire américaine contre l’Iran — au grand dam de Benjamin Netanyahou — les monarchies du Golfe actent une rupture historique: fin de l’alignement automatique, rejet du risque israélien et entrée assumée (...)

Hicheme Lehmici
PolitiqueAccès libre

Big Donald et l’attaque de la diligence groenlandaise

Tel un hors-la-loi, Trump s’est attaqué au Groenland. Il frappera encore. Les Européens, après des décennies de léchage de bottes et de soumission, se retrouvent médusés et impuissants face à cette tentative de hold-up qu’ils croyaient impossible. Mais jusqu’à quand accepterons-nous de nous laisser humilier et vassaliser, alors que d’autres (...)

Guy Mettan
Economie, PolitiqueAccès libre

Une Allemagne brisée: l’Europe face à son suicide économique

En 2026, l’Allemagne affronte une crise industrielle profonde qui dépasse le simple cycle économique. La première économie européenne paie l’empilement de choix politiques ayant fragilisé son appareil productif, sur fond d’énergie coûteuse, de pressions géopolitiques et de transition verte mal conçue. L’UE est désormais confrontée à ses contradictions.

Michel Santi
Politique

Taïwan sous pression: jusqu’où la Chine est-elle prête à aller?

L’achat massif d’armes américaines par Taïwan, suivi de manœuvres militaires chinoises d’ampleur inédite, illustre la montée des tensions dans le détroit. Entre démonstrations de force et stratégies de dissuasion, Pékin teste les limites sans franchir le point de non-retour. Mais face à des enjeux économiques et géopolitiques majeurs, le risque (...)

Jonathan Steimer
Politique

L’Europe devrait renouer avec l’Afrique sans discuter

A force de crises et de maladresse diplomatique, l’Europe a laissé s’éroder son influence en Afrique. Celle-ci est pourtant un partenaire clé pour l’avenir européen. Tandis que la concurrence s’impose sur le continent, Bruxelles et ses Etats membres amorcent un timide réajustement. Mais pour renouer avec des partenaires africains lassés (...)

Guy Mettan