Réservé aux abonnés

Venezuela: le retour brutal de la doctrine Monroe

Hicheme Lehmici

Par Hicheme Lehmici · Publié le 9 janvier 2026 · 29 min de lecture

Venezuela: le retour brutal de la doctrine Monroe
© Shutterstock

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les Etats-Unis constitue une rupture majeure du droit international et un signal géopolitique fort. Derrière l’opération militaire, se dessine le retour assumé de la doctrine Monroe et l’usage décomplexé de la coercition contre les Etats engagés dans la multipolarité.

Sommaire

L’enlèvement du Président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier dernier, au terme de l’une des opérations militaires les plus audacieuses de l’histoire contemporaine menée par les Etats-Unis, marque indiscutablement un tournant géopolitique majeur dans les relations internationales. Ce n’est pas tant son caractère inédit qui frappe, mais bien le fait qu’un chef d’Etat en exercice ait été capturé sur le sol de son propre pays souverain au terme d’une offensive armée menée sans mandat international ni consentement de Caracas. Il s’agit à l’évidence, d’une violation ouverte des principes du droit international et de la souveraineté des Etats. Ce qui, jusqu’ici, relevait des zones grises de l’espionnage ou des opérations clandestines s’est transformé, pour Washington, en un acte de force assumé et presque banalisé, assimilable à une piraterie moderne tant par son audace que par son caractère extraterritorial.

Si, dans une large partie des sociétés du Sud global, cet événement a été vécu comme un choc politique majeur [1], la réception qu’en ont proposée les médias mainstream occidentaux s’est inscrite dans un tout autre registre. Le récit dominant s’est rapidement structuré autour de la mise en scène de l’opération, de la performance des forces spéciales américaines et de l’exploit technico-militaire, dans une narration largement auto-satisfaite, célébrant sans distance critique la démonstration de puissance occidentale. Une telle approche occulte pourtant l’essentiel: l’enlèvement d’un chef d’Etat en exercice constitue une violation manifeste des principes fondamentaux de la Charte des Nations unies [2], notamment ceux relatifs à la souveraineté des Etats et à l’interdiction du recours à la force, consacrés par l’article 2, paragraphe 4.

A ce titre, il ne saurait être question ni d’une «exfiltration», ni d’une opération de sécurité. Il s’agit bien d’un rapt, d’un kidnapping politique, relevant pleinement de l’acte de guerre et du sacrilège juridique. La qualification n’est pas secondaire: elle est décisive, car elle révèle ce qui est en train de se produire sous nos yeux. Soit le franchissement assumé par Washington d’un seuil, au-delà duquel l’illégalité n’est plus dissimulée, mais revendiquée comme mode opératoire légitime.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
2 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Comment Trump a domestiqué la FIFA

GéopolitiqueArticle

Comment Trump a domestiqué la FIFA

La FIFA (Fédération internationale de football association) gouvernait autrefois le football mondial. Elle doit désormais composer avec les intérêts des grandes puissances. À travers la Coupe du monde 2026, les crises de gouvernance de l'organisation et la proximité croissante entre Gianni Infantino et Donald Trump, se dessine un basculement plus large.

Hicheme Lehmici

Amérique latine: le grand virage

GéopolitiqueArticle

Amérique latine: le grand virage

Enfin un sujet de contentement pour Donald Trump. Son poulain, qui est aussi citoyen des Etats-Unis et a voté pour lui, va accéder à la présidence de la Colombie. Dans un pays profondément divisé, il a manqué à la gauche sortante 250 000 voix sur 26 millions de votants. Il ne restera que deux nations en Amérique latine, pas des moindres il est vrai, pour affirmer encore leur souveraineté face à Washington: le Brésil et le Mexique.

Jacques Pilet

L’accord américano-iranien: la fin du Moyen-Orient américain?

GéopolitiqueArticle

L’accord américano-iranien: la fin du Moyen-Orient américain?

Les négociations entre Washington et Téhéran, ainsi que les conséquences de la guerre, alimentent les interrogations sur l’avenir du Moyen-Orient. Au-delà du dossier nucléaire, la crise d’Ormuz et la résilience iranienne pourraient avoir révélé les limites du leadership américain et accélérer l’émergence d’un ordre régional plus multipolaire, où de nouvelles puissances entendent désormais peser sur les équilibres stratégiques.

Hicheme Lehmici

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

GéopolitiqueArticle

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

A moins de deux semaines d’intervalle, deux sommets majeurs se sont tenus loin des projecteurs médiatiques occidentaux: celui de l’Organisation de coopération de Shanghai, les 31 août et 1er septembre 2026 à Bichkek, puis celui des BRICS, les 12 et 13 septembre à New Delhi. Au-delà de ces organisations elles-mêmes, cette relative indifférence révèle peut-être une difficulté plus profonde: celle d’un Occident qui voit se dessiner un monde multipolaire, mais continue souvent à le regarder avec les catégories d’hier.

Hicheme Lehmici