L’enlèvement de Nicolás Maduro par les Etats-Unis constitue une rupture majeure du droit international et un signal géopolitique fort. Derrière l’opération militaire, se dessine le retour assumé de la doctrine Monroe et l’usage décomplexé de la coercition contre les Etats engagés dans la multipolarité.
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L’enlèvement du Président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier dernier, au terme de l’une des opérations militaires les plus audacieuses de l’histoire contemporaine menée par les Etats-Unis, marque indiscutablement un tournant géopolitique majeur dans les relations internationales. Ce n’est pas tant son caractère inédit qui frappe, mais bien le fait qu’un chef d’Etat en exercice ait été capturé sur le sol de son propre pays souverain au terme d’une offensive armée menée sans mandat international ni consentement de Caracas. Il s’agit à l’évidence, d’une violation ouverte des principes du droit international et de la souveraineté des Etats. Ce qui, jusqu’ici, relevait des zones grises de l’espionnage ou des opérations clandestines s’est transformé, pour Washington, en un acte de force assumé et presque banalisé, assimilable à une piraterie moderne tant par son audace que par son caractère extraterritorial.
Si, dans une large partie des sociétés du Sud global, cet événement a été vécu comme un choc politique majeur [1], la réception qu’en ont proposée les médias mainstream occidentaux s’est inscrite dans un tout autre registre. Le récit dominant s’est rapidement structuré autour de la mise en scène de l’opération, de la performance des forces spéciales américaines et de l’exploit technico-militaire, dans une narration largement auto-satisfaite, célébrant sans distance critique la démonstration de puissance occidentale. Une telle approche occulte pourtant l’essentiel: l’enlèvement d’un chef d’Etat en exercice constitue une violation manifeste des principes fondamentaux de la Charte des Nations unies [2], notamment ceux relatifs à la souveraineté des Etats et à l’interdiction du recours à la force, consacrés par l’article 2, paragraphe 4.
A ce titre, il ne saurait être question ni d’une «exfiltration», ni d’une opération de sécurité. Il s’agit bien d’un rapt, d’un kidnapping politique, relevant pleinement de l’acte de guerre et du sacrilège juridique. La qualification n’est pas secondaire: elle est décisive, car elle révèle ce qui est en train de se produire sous nos yeux. Soit le franchissement assumé par Washington d’un seuil, au-delà duquel l’illégalité n’est plus dissimulée, mais revendiquée comme mode opératoire légitime.






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