La crise de la dette publique: de la Grèce à la France, et au-delà


La trajectoire de la Grèce, longtemps considérée comme le mauvais élève de l’Union européenne, semble aujourd’hui faire écho à celle de la France. Alors qu’Athènes tente de se relever de quinze ans de crise et d’austérité, Paris s’enlise à son tour dans une dette record et un blocage politique inédit. Au-delà du parallèle, c’est la fragilité du modèle budgétaire européen, pour ne pas dire mondial, qui apparaît au grand jour.
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La relation entre la Grèce et l’Union européenne est une histoire compliquée et ambivalente. Pour les dirigeants de l’UE, la Grèce a longtemps fait figure de mauvais élève, apparaissant comme un petit frère désobéissant qu’il fallait à la fois protéger et corriger. Aujourd’hui, il semble que le petit frère soit revenu dans le rang, mais à quel prix? Et pendant que le pays se remet péniblement de plus de 15 ans de crise, c’est aujourd’hui son grand frère, la France, qui semble être tombé dans les mêmes travers… Mais au-delà d’une comparaison possible entre les deux pays, c’est plus largement la régulière et épineuse question du budget qui interpelle aujourd’hui les démocraties européennes.
La Grèce entretient une relation de longue date avec le projet européen. En 1982 déjà, elle rejoint la Communauté économique européenne (CEE) dont elle devient le dixième Etat membre. En 1992, les 12 Etats membres de la CEE signent le traité de Maastricht, qui institue les premiers fondements de l’Union européenne (UE). Celle-ci verra officiellement le jour en 2009, à travers le traité de Lisbonne. Mais le traité de Maastricht, qui pose déjà les principaux critères de fonctionnement de l’UE à venir, prévoit notamment la création d’une monnaie unique, l’euro, qui devra permettre de «renforcer» la puissance économique des Etats membres, notamment sur la scène internationale. L’adhésion successive de certains pays européens à l’UE ne se fait toutefois pas sans certaines réticences des peuples et des gouvernements, qui craignent de perdre leur souveraineté à différents niveaux. C’est pour cette raison que l’Angleterre et la Suède décideront de conserver leur monnaie nationale en restant à l’écart de la zone euro instaurée dès 1999. Et si d’autres pays vont progressivement rejoindre l’UE au fil des années, l’euro ne sera souvent pas adopté, ou seulement en parallèle à la monnaie nationale. La Grèce, elle, choisit d’entrer de plain-pied dans l’eurozone en 2001, sachant qu’elle pourra ainsi obtenir des crédits avantageux et relancer son économie.
Mais la Grèce, tout comme la Belgique et l’Italie, présente à cette époque déjà une dette publique importante, équivalente à 103,7% du PIB, alors que les critères d’entrée de Maastricht l’avaient fixée à 60%. Un montant d’ailleurs fallacieux puisque, en réalité, camouflé par des outils financiers mis en place par Goldman Sachs [1], ce montant atteignait 105,3 %, alors que le déficit budgétaire aurait, quant à lui, été divisé par deux…



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