La Suisse est un petit pays montagneux, bien plus en montées et en descentes qu’en terrain plat, et couvert de grands hôtels marron construits dans le style d’architecture du coucou.» Ces lignes sont d’Ernest Hemingway; elles ont paru dans The Toronto Star Weekly, dont il est alors le correspondant étranger. Nous sommes en mars 1922. L’écrivain en herbe, il a 23 ans, séjourne aux Avants, au-dessus de Montreux. Au début de l’année, il s’est installé à Paris, d’où, avec sa jeune épouse, Hadley, il ne cesse de voyager.
Ce n’est pas la première fois qu’Hemingway se trouve en Europe. Il y est venu au printemps 1918. Engagé volontaire dans l’armée américaine, il a servi comme ambulancier sur le front italien. Le 8 juillet, alors qu’il se trouve sur le Piave, le fleuve le long duquel se déroulent les combats, il est blessé aux jambes par un obus de mortier. Hospitalisé à Milan, on lui retire 28 morceaux de «saloperies métalliques», selon ses termes. C’est là qu’il fait la connaissance de celle qu’il dépeindra sous les traits de Catherine Barkley. L’infirmière anglaise dont s’éprend Frederic Henry, l’ambulancier américain engagé dans l’armée italienne de L’Adieu aux armes. Le roman, qui paraîtra en 1929, sera le premier grand succès de l’Américain. La dernière partie se déroule sur la Riviera lémanique, où les deux amants ont trouvé refuge et où Catherine met au monde un enfant mort-né avant de décéder à son tour. Plusieurs chapitres de Farewell to Arms ont d’ailleurs été écrits en Suisse. Dans un chalet, à Chamby, au-dessus de Montreux.
Hemingway a effectué quatre séjours en Suisse. Le premier en mars 1922 à l’occasion de vacances de neige en compagnie de sa femme. L’écrivain prend le train jusqu’aux Avants pour y faire de la luge et du bobsleigh. La piste, alors très réputée, existe toujours et le funiculaire de Sonloup, qui permet d’y accéder, a été entièrement rénové il y a quelques années seulement. Quant au Grand Hôtel des Avants, où s’était disputé en 1910 le premier championnat d’Europe de hockey sur glace remporté par l’Angleterre, c’est aujourd’hui une école internationale; de même, l’hôtel de Sonloup, tout en haut du funiculaire, abrite aujourd’hui une clinique pour riches patients atteints d’addictions.





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