Max Petitpierre, le courage de négocier avec les méchants


Elu conseiller fédéral fin 1944, Max Petitpierre a su, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sortir la Suisse de son isolement en renouant des relations diplomatiques aussi bien avec les Etats-Unis qu’avec l’Union soviétique. A l’heure où les tensions internationales ravivent les réflexes idéologiques et les divisions, son pragmatisme et son sens de la mesure offrent un éclairage précieux sur le rôle que la Suisse pourrait – ou devrait – jouer aujourd’hui sur la scène mondiale.
Sommaire
Mercredi 18 mars, nous avons fêté le 80e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie (soviétique à l’époque). Le moins qu’on puisse dire est que ces relations ont été tumultueuses. En 1945, alors qu’il vient d’accéder au Conseil fédéral comme ministre des Affaires étrangères, Max Petitpierre se trouve dans une situation très délicate. Les deux principaux vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis et l’Union soviétique, en veulent à la Suisse à cause de ses relations avec l’Allemagne nazie. Le pays se retrouve complètement isolé. En dix-huit mois, Max Petitpierre va pourtant rétablir la situation, tant avec les Américains qu’avec les Soviétiques, malgré son antibolchévisme. Avec un brio et une audace qui devraient inspirer nos dirigeants politiques aujourd’hui.
Des reproches tant des Alliés que de l’Union soviétique
D’un côté, les Alliés reprochent à la Suisse d’abriter l’or et de nombreux avoirs nazis dans ses banques et de ne pas vouloir les restituer au nom du secret bancaire. Par rétorsion, les Etats-Unis ont bloqué les avoirs suisses déposés chez eux et boycottent les entreprises nationales qui ont commercé avec le IIIe Reich.
De l’autre, l’Union soviétique est fâchée contre la Suisse depuis qu’en 1923, la Suisse, par anticommunisme, a acquitté un de ses ressortissants, Maurice Conradi, qui avait assassiné le diplomate russe Vatslav Vorovski à Lausanne. En 1924, la Suisse persiste à refuser de reconnaître l’URSS, alors que toutes les autres puissances l’ont fait, si bien que les liens diplomatiques sont rompus. Le comité Aubert et la propagande anticommuniste se déchaînent. Mais vingt ans plus tard, fin 1944, alors que l’URSS apparaît comme le principal vainqueur de l’Allemagne hitlérienne sur le continent et que les Etats-Unis font pression pour récupérer l’or et les biens nazis, la situation suisse devient intenable.




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