Nombre de morts du Covid-19: de nouvelles infos

Publié le 9 avril 2020

On ne pourra déterminer que dans quelques mois à quel point le Covid-19 est et était dangereux. En attendant, pas question de se soustraire au confinement. – © Renaud Torres – CC via Flickr

Une discussion précise commence enfin sur le nombre de morts touchés par le fameux virus. Sujet sérieux s’il en est. En Suisse allemande, le site infosperber.ch a publié un article éclairant sur ce qui serait un nombre surestimé de victimes du Covid-19. Il pourrait y avoir en réalité autant de morts de la grippe saisonnière que de morts du nouveau coronavirus. Et on ne le saura jamais vraiment. Du côté romand, deux journalistes d'investigation ont également apporté leur expertise dans Antipresse, avec des conclusions allant dans le même sens. Le Figaro, enfin, confirme cette idée. Pas question pour autant d’arrêter de respecter les mesures de confinement. Synthèse.

Il est un fait qu’il est toujours utile de rappeler: ce n’est pas en raison du nombre de morts engendrés par le coronavirus qu’il a fallu prendre des mesures face à la pandémie. C’est parce que nous connaissons encore très mal ce virus et que, par précaution, il convient d’éviter une surcharge des hôpitaux. Malgré la quantité de contenus écrits, audios ou audiovisuels consacrés au Covid-19 ces dernières semaines, nous ne savons encore pas grand-chose à son sujet. Et notamment le nombre de décès qu’il cause. Un article d’Urs P. Gasche publié ce lundi 6 avril 2020 sur infosperber.ch nous apprend que «l’on ne pourra déterminer que dans quelques mois à quel point le Covid-19 est et était dangereux.»

Un plus grand nombre de morts avec le Covid-19 qu’avec les vagues de grippe précédentes, hypothèse que redoutent les autorités – et, par suite, la population – est donc de l’ordre du probable. Et encore, c’est ce que montre Gasche, cette probabilité n’est pas très solide, puisque «beaucoup d’informations sont incomplètes et incertaines.» Le papier d’Infosperber livre des informations hautement intéressantes sur la question du nombre de morts, complétées par le travail de Catherine Riva et Serena Tinari dans Antipresse (voir plus bas). Ce qui ne signifie pas qu’il faille arrêter de suivre les mesures en vigueur actuellement, loin de là! Voyons cela de plus près.

Mourir du coronavirus ou avec le coronavirus

Tout d’abord, le point le plus important que rappelle cet article est que c’est une chose de mourir en ayant le coronavirus, c’en est une autre de mourir du fait du coronavirus. Et là, quand on donne des chiffres, il y a de quoi avoir les idées plus claires et plus précises. Je cite ici Urs P. Gasche: «Les personnes mortes du coronavirus rapportées par l’OFSP et l’Institut Robert Koch sont décédées « du ou avec le Covid-19″, explique Christoph Junker, épidémiologiste et statisticien de la santé à l’Office fédéral de la statistique.» Presque toutes ces personnes-là «souffraient d’hypertension artérielle sévère, de maladies cardiovasculaires ou de diabète» et il n’est pas possible de dire si, sans, Covid-19, elles auraient vécu encore longtemps.

Qui sont ces morts? Majoritairement des personnes âgées, on le sait. Mais répète-t-on suffisamment combien d’entre elles s’en vont chaque hiver? «En Suisse, environ 200 personnes meurent chaque jour au cours de la saison d’hiver, à un âge moyen de 83 ans. « En relation avec une maladie de type Covid-19 confirmée en laboratoire » (OFSP), un maximum de 39 personnes sont mortes chaque jour en mars 2020, à un âge moyen de 82 ans.» Une deuxième information, donc, qui permet de mettre les choses en perspective, sans relativiser pour autant les dangers du Covid-19 – le plus grand danger étant, encore une fois, le manque de connaissances que l’on a à son sujet.

C’est ainsi que les journalistes d’enquête Catherine Riva et Serena Tinari, qui ont fondé le site d’investigation et de mappage des affaires de santé Re-Check, regrettent de constater dans la plupart des médias une «présentation des chiffres qui ne permet pas de se faire une idée aussi réaliste que possible de la gravité de l’épidémie et de la manière dont elle évolue en Suisse». (Antipresse n° 227 du 5 avril 2020, article en libre accès). Selon elles, des informations données de manière juste et précise offriraient, elles, la possibilité aux Suisses de se questionner raisonnablement sur les mesures qui leurs sont imposées. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille pour autant ne pas les respecter.

«En lieu et place, écrivent les deux investigatrices, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et la grande majorité des médias continuent à présenter systématiquement en premier le nombre cumulé de cas identifiés et le nombre cumulé de décès, ce qui renforce jour après jour chez le public l’impression infondée d’une épidémie qui se répand comme une traînée de poudre et ravage notre pays.» Les deux journalistes se questionnent à juste titre sur l’autocensure des médias, en allant jusqu’à se demander s’il n’y aurait pas des explications à aller chercher dans les plus hautes sphères de l’Etat. Censure gouvernementale ou pas, constatons que « »Ce n’est pas le moment de critiquer » est devenu le nouveau point Godwin», pour reprendre la formule bien trouvée du docteur Olivier Amiel de l’autre côté du Léman. Un climat pas très sain pour une démocratie, on en conviendra.

Grippe et grippe

Or, pour pouvoir critiquer, ce qui est essentiel, il faut pouvoir s’informer. Voici donc un autre fait qui mérite d’être relayé: on constate cet hiver une surmortalité par rapport à la normale, certes, mais cette surmortalité est aussi due en partie à la grippe saisonnière classique. En effet, Christoph Junker de l’OFS explique à Infosperber: «En ce qui concerne la surmortalité, on ne peut pas distinguer les décès dus à la grippe des décès dus au coronavirus.» Question simple: pourquoi n’est-on pas au courant de cela si l’on ne fait pas un peu de recherche? Pourquoi les médias et les autorités ne nous l’ont-ils pas dit clairement?

Car à l’arrivée, la seule chose que peut conclure le journaliste Urs P. Gasche est qu’on «ne peut pas encore estimer si le Covid-19 entraînera plus de décès au cours de l’année que les épidémies de grippe particulièrement fortes des années précédentes.» Une raison toute simple à cela, comme il le souligne dans son article: les patients actuellement dans les hôpitaux qui ont des symptômes suspects sont automatiquement testés, ce qui n’était pas le cas pour les vagues de grippe par le passé. «Le grand nombre de victimes [durant l’hiver 2017-2018] n’a été estimé que rétrospectivement en raison de la « surmortalité »».

Et selon une nouvelle étude du New England Journal of Medicine citée par M. Gasche, «le Covid-19 tue environ autant de personnes infectées qu’une grave épidémie de grippe.» Une info que vient confirmer Renaud Girard dans Le Figaro du 7 avril 2020: «le Covid-19 ne bouleversera pas les statistiques de la mortalité mondiale pour l’année 2020. […] Plus tard, il faudra que les sociologues analysent soigneusement le rôle qu’ont joué les médias dans l’émergence d’une psychose mondiale face à une maladie peu létale.» Bref, quand cette période endurante sera derrière nous, il sera intéressant d’évaluer rétrospectivement la gravité de la situation, les mesures adoptées et le respect – ou non – de la pesée d’intérêts. En attendant, suivons scrupuleusement les consignes du Conseil Fédéral. Si le nombre de décès dus au Covid-19 stricto sensu n’est pas déterminable avec précision, le nombre de places dans les hôpitaux, lui, est clairement connu.


D’autres faits guère relayés

Outre la question du nombre de morts, non seulement trop médiatisée mais aussi pas assez bien médiatisée, les articles précités d’Infosperber et d’Antipresse rappellent tous deux des données avérées et intéressantes, qu’on ne rencontre pourtant pas beaucoup dans la presse. Premièrement, «depuis le 25 mars, les décès quotidiens sont en baisse en Suisse» (infosperber.ch). Deuxièmement, «pratiquement tous ceux qui sont morts jusqu’à présent avaient déjà contracté la maladie avant que le gouvernement n’impose des mesures de quarantaine drastiques» (infosperber.ch). Troisièmement, «nos unités de soins intensifs ne sont pas débordées, au contraire, elles ont même suffisamment de capacités pour accueillir plusieurs dizaines de patients venus de France» (Antipresse).

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