Carrément bon!

Publié le 30 juin 2020

James Holin raconte la Balanklavie, allusion directe à l’ancienne république populaire de Yougoslavie. – © Rašo

James Holin ou le renouveau du roman populaire? Caustique, étonnant, à mi-chemin entre la déconnade illuminée de l’Israélien Etgar Keret et un Romain Gary en devenir, un auteur à découvrir et à suivre pour son verbe enlevé et sa lucidité.

Qui est James Holin pour raconter avec autant de verve et d’aplomb le monde surréaliste de la Balanklavie, autre nom de l’ex-Yougoslavie? C’est dans ce pays imaginaire que se situe l’action de son surprenant Carrément à l’Est. Une allusion à ce point directe à l’ancienne république populaire de Tito, plongée dans une guerre fratricide à la sortie du communisme, laisse soupçonner une expérience personnelle de l’auteur sur le terrain. Pendant notre entretien, James Holin se défile habilement, ne livre aucun détail, évoque de façon évasive une mission en Bosnie, dans les années 2000. Inutile d’insister, droit de réserve oblige: «Mais si vous l’écrivez, je passerai pour un agent secret! D’ailleurs, ce serait pas mal…» Amusé, il nous confesse son goût immodéré pour le turbo-folk, un genre originaire des Balkans, mariant des accents de la musique traditionnelle de la région avec des synthétiseurs de dernière génération. On dirait que Carrément à l’Est suit son tempo endiablé. Mais il y a une autre musique encore, plus difficile à entendre.

Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature, en a admirablement parlé dans Les Cercueils en zinc, un document bouleversant sur la guerre en Afghanistan vue par les soldats soviétiques. Un d’entre eux a ainsi résumé sa mission: «Quand j’y suis allé, j’avais trente ans. Là-bas, j’ai senti ce qu’est la vie. J’y ai passé les meilleures années de mon existence, je peux vous le dire. Ici notre vie est terne, mesquine: boulot-maison, maison-boulot… Là-bas, nous avons tout éprouvé, tout connu.» Holin insuffle la même nostalgie...

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