Victoria Nuland: le crime contre la paix était (presque) parfait

Publié le 13 septembre 2024

Joe Biden et son épouse accueillent le président ukrainien Zelensky à la Maison-Blanche, le 21 décembre 2022. © Official White House Photo by Erin Scott – source officielle

Récemment, un journaliste suisse se vantait de ne pas connaître Victoria Nuland, ancienne secrétaire d’Etat adjointe et ex-numéro 2 du Département d’Etat américain en charge de l’Europe et de l’Eurasie, qui a quitté ses fonctions au printemps dernier. Il avait raison car connaître et reconnaître Victoria Nuland eût été admettre que celle-ci avait été la cheville ouvrière du coup d’Etat qui a renversé le président ukrainien légitime Viktor Yanoukovitch en février 2014 et qu’elle était l’autrice de la fameuse phrase «Fuck the EU!» quand on lui avait objecté que les Européens, qui venaient de signer un accord avec Yanoukovitch, auraient pu désapprouver cette manière de faire.

Or donc Mme Nuland, qui est, aux côtés de son mari Robert Kagan, l’égérie des néoconservateurs antirusses et antichinois depuis trente ans, vient de faire des révélations intéressantes dans la longue interview qu’elle a accordée la semaine dernière au journaliste d’opposition russe en exil Mikhail Zygar, rédacteur en chef de la chaine anti-Poutine Dozhd.

A la fin de l’entretien, sur un ton presque badin, comme s’il s’agissait d’une affaire anecdotique, elle aborde la question des pourparlers qui ont eu lieu à Istanbul entre la Russie et l’Ukraine après le début de l’intervention militaire russe, en mars et avril 2022. Fidèle à son habitude, elle cherche d’abord à discréditer la Russie en disant que cette dernière a voulu manipuler l’opinion en prétendant qu’un accord avait été trouvé alors que ce n’était pas le cas.

Puis elle avoue qu’après quelques semaines, les Ukrainiens ont cherché conseil auprès de leurs alliés qui auraient alors découvert que le vrai but de Poutine aurait été dissimulé dans une disposition annexe de l’accord qui visait à neutraliser l’Ukraine sur le plan militaire en réduisant les effectifs et les équipements de son armée. Des voix se seraient alors élevées, aussi bien à Kiev que chez ses alliés, pour dire que cet accord n’était pas bon et qu’il fallait donc y renoncer.

Cette manière de présenter les choses est intéressante parce qu’elle montre qu’en 2022 les Occidentaux se fichaient éperdument de la perte des territoires, des destructions économiques et des dizaines de milliers de morts ukrainiens (et...

Ce contenu est réservé aux abonnés

En vous abonnant, vous soutenez un média indépendant, sans publicité ni sponsor, qui refuse les récits simplistes et les oppositions binaires.

Vous accédez à du contenu exclusif :

  • Articles hebdomadaires pour décrypter l’actualité autrement

  • Masterclass approfondies avec des intervenants de haut niveau

  • Conférences en ligne thématiques, en direct ou en replay

  • Séances de questions-réponses avec les invités de nos entretiens

  • Et bien plus encore… 

Déjà abonné ? Se connecter

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Politique

L’ankylose mentale du pouvoir

Alors que les guerres se prolongent et changent de visage, la Suisse persiste dans des choix militaires contestés et coûteux: retards de livraison, impasses technologiques, dépendance aux fournisseurs américains, etc. Au Département fédéral de la défense, l’heure ne semble pas à la remise en question. Plutôt l’inverse. Quant à son (...)

Jacques Pilet
Politique

Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse

Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, une étroite fenêtre diplomatique semble s’entrouvrir. Forte de sa tradition de neutralité et de médiation, la Suisse pourrait saisir cette occasion pour renouer avec son rôle historique et contribuer à relancer une dynamique de paix.

Guy Mettan
Politique

Epstein était-il vraiment un «agent russe», comme le suggèrent certains médias?

Les documents déclassifiés révèlent des contacts réels entre le financier pédocriminel et des figures russes, dont un ex-vice-ministre proche du FSB et des tentatives répétées de contacts avec Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Si certains médias occidentaux y voient la marque d’un agent d’influence du Kremlin, les preuves d’une collaboration (...)

Martin Bernard
Politique

L’Europe dans le piège américain

«Etre un ennemi des Etats-Unis peut être dangereux, mais être leur ami est fatal», affirmait Henry Kissinger. Les Européens, qui voient leur position stratégique remise en cause, en font aujourd’hui l’amère expérience. Pourtant, aussi brutale et déconcertante soit-elle, la nouvelle stratégie géopolitique américaine a cela de bon qu’elle secoue l’Europe. (...)

Georges Martin
Politique, HistoireAccès libre

En faveur d’une Europe réconciliée, de l’Atlantique à l’Oural

Face aux tensions géopolitiques, l’Europe doit choisir entre l’escalade durable ou une nouvelle architecture de paix. Au-delà des logiques d’affrontement, une réconciliation avec la Russie, telle que la défendaient déjà De Gaulle et Churchill, offrirait une alternative à la fragmentation actuelle. Bien qu’elle puisse sembler utopique, cette perspective mérite réflexion, (...)

Klaus J. Stöhlker
Politique

Sahara occidental: la realpolitik contre l’autodétermination

Entre principes juridiques et rapports de force, le Sahara occidental reste un révélateur des tensions qui traversent la scène internationale. Ajustements diplomatiques européens, repositionnements américains, choix français et posture algérienne illustrent les contradictions d’un dossier où se croisent décolonisation inachevée, enjeux de souveraineté et intérêts stratégiques. Au-delà du conflit territorial, (...)

Nordine Saadallah
Politique

La chasse aux Latinos tourneboule l’image des USA

Les raids de la police ICE à Minneapolis, les assassinats, les manifestations de colère populaire ont retenu l’attention de l’opinion publique. Mais nous n’avons pas encore pris la mesure d’un programme, commencé d’ailleurs avant Donald Trump, qui fait fi de la tradition et de l’identité démocratique des Etats-Unis. Pire que (...)

Jacques Pilet
Politique

Pourquoi l’Iran est un piège pour Trump et les Etats-Unis

L’Iran s’impose aujourd’hui comme l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de la présidence Trump. Entre promesse de mettre fin aux «guerres sans fin», pressions idéologiques internes et rivalités stratégiques mondiales, toute escalade militaire risquerait de transformer une crise régionale en tournant majeur de l’ordre international. Retour sur les racines (...)

Hicheme Lehmici
Politique, CultureAccès libre

Plaidoyer conservateur pour une civilisation en déclin

Voix conservatrice issue de la génération Z, Etienne-Alexandre Beauregard livre, avec «Anti-civilisation», une critique frontale du progressisme contemporain. Wokisme, fragmentation sociale et perte de l’unité nationale sont au cœur de son analyse. Un essai ambitieux, dérangeant et intellectuellement dense.

Bon pour la tête
PolitiqueAccès libre

Fin de l’aide au développement: vers une nouvelle solidarité mondiale?

La réduction massive de l’aide au développement dans le monde marque un tournant historique. Si elle provoque une crise humanitaire majeure, elle révèle aussi l’hypocrisie d’un modèle fondé sur la dépendance. Car derrière les coupes budgétaires, c’est tout un système de domination économique et politique qui vacille. En Afrique comme (...)

Markus Mugglin
Politique

L’histoire tordue et effacée: une arme de guerre

Trump révise le passé des Etats-Unis et du monde pour le glorifier. Le pouvoir ukrainien efface l’héritage culturel russe. Poutine met entre parenthèses l’horreur de l’ère stalinienne. Xi Jinping fait de même avec la Révolution culturelle meurtrière de Mao. Israël écrase les traces et le souvenir de 5000 ans de (...)

Jacques Pilet
Sciences & Technologies

Au-delà des risques et des promesses, la force du grain de sable

Les événements récents, corroborés par la publication des derniers rapports annuels sur les risques, confirment la persistance des menaces existantes, désormais amplifiées par le développement de l’intelligence artificielle. Celles-ci s’inscrivent dans une dynamique de long terme marquée par la fragilisation des sociétés, sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques, de l’érosion (...)

Solange Ghernaouti
PolitiqueAccès libre

Multipolarité et démocratie: quand le discours se heurte à la réalité

Le discours moral international — science contre complotisme, droit contre force — apparaît de plus en plus déconnecté des pratiques réelles du pouvoir. Il ne tient plus dans un monde devenu multipolaire et se heurte à un système néo capitaliste qui neutralise le débat public. Mais si la multipolarité révèle (...)

Bon pour la tête
Politique

Moyen-Orient et fronde des Pays du Golfe: vers un ordre post-occidental?

Et si le véritable tournant stratégique du Moyen-Orient ne venait pas de Washington, mais du Golfe? En bloquant l’option militaire américaine contre l’Iran — au grand dam de Benjamin Netanyahou — les monarchies du Golfe actent une rupture historique: fin de l’alignement automatique, rejet du risque israélien et entrée assumée (...)

Hicheme Lehmici
Politique

Une schizophrénie helvétique

A Davos comme ailleurs, la Suisse continue de faire illusion sur sa neutralité et son rôle de médiatrice. Mais la réalité est tout autre: elle participe à des exercices de l’OTAN, s’implique contre la Russie et souhaite signer avec l’UE des accords qui, loin d’être uniquement techniques, transformeront ses institutions. (...)

Georges Martin
PolitiqueAccès libre

Big Donald et l’attaque de la diligence groenlandaise

Tel un hors-la-loi, Trump s’est attaqué au Groenland. Il frappera encore. Les Européens, après des décennies de léchage de bottes et de soumission, se retrouvent médusés et impuissants face à cette tentative de hold-up qu’ils croyaient impossible. Mais jusqu’à quand accepterons-nous de nous laisser humilier et vassaliser, alors que d’autres (...)

Guy Mettan