Sollers sans complexe

Publié le 4 mai 2018
Son dernier roman, «Centre», est un jeu de massacre.

Par hasard – mais chacun sait que le hasard n’existe pas – j’ai apporté avec moi chez «Toraya» (en français: le Tigre) un salon de thé japonais où l’on savoure de délicieux gâteaux aux noms évocateurs: «Nuits de Printemps» ou «Horizon de Cerisiers», accompagnés d’un Matcha de Uji (Kyoto) au vert profond et à la saveur amère  le dernier livre de Philippe Sollers: Centre.

Je l’avais un peu délaissé ce cher Sollers depuis L’Année du Tigre, son journal de l’année 1999. J’avais souvent médit de lui – mais que serait la littérature sans la médisance et le snobisme? Bref, il est là à côté de moi, fasciné par le large bol en céramique que je tiens délicatement dans la paume de ma main. C’est qu’il est plutôt chinois que japonais, l’ami Sollers. J’ouvre au hasard Cercle et je lis:

 «J’ai mis longtemps à comprendre que j’étais un des premiers Occidentaux à être carrément chinois.»  

Mais il n’est pas que chinois, il est aussi un peu freudien et lacanien. Peu nobélisable certes, comme il le souligne, mais parfois facétieux, souvent érudit, toujours séducteur. Sa liaison avec Nora, une psychanalyste dans la quarantaine, est un rêve – et même un rêve qui dure, tient-il à préciser. Et nous voici donc installés sur le divan de Nora.

Pour qui a tâté de la psychanalyse, l’exotisme est au rendez-vous. L’érotisme aussi. Mais Sollers ne s’appesantit pas. Il se borne pour titiller Nora à citer des provocations insupportables de Freud du style: «L’infériorité...

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