Les nouveaux tigres asiatiques

Publié le 7 octobre 2022

Hanoï, capitale du Vietnam. A gauche, la Tour Keangnam. – © Minh Luu via Unsplash

La crise du Covid, celle d’Ukraine et la focalisation sur la Chine ont fait passer au second plan des faits nouveaux: l’accession de l’Inde au rang de cinquième économie mondiale devant le Royaume-Uni, et l’émergence du Vietnam et de l’Indonésie comme puissances économiques montantes en Asie.

On connait le cas des tigres et des dragons, Corée du Sud, Singapour, Taiwan, Hong Kong, ou la Malaisie, qui a fait parler d’elle dans les années 2000 avec le Premier ministre Mohamad Mahatir, mais on a peu parlé de ces deux pays plus discrets que sont le Vietnam et l’Indonésie. Or ceux-ci sont aussi en plein essor, tout en affirmant leur rôle géopolitique de puissances non alignées. 

L’Indonésie a connu un changement positif depuis l’arrivée au pouvoir de Joko Widodo en 2014, qui a permis pour la première fois de contrebalancer l’influence des militaires. Depuis lors, le pays est entré dans une ère de stabilité politique profitable, avec un taux de croissance de plus de 5% cette année et pour l’an prochain. Il sera au centre de l’attention mondiale en accueillant le sommet du G-20 en novembre.

Mais le Vietnam est peut-être le pays qui profite le plus de la nouvelle conjoncture internationale et de la politique «China Plus One» appliquée par les multinationales et les investisseurs depuis que les relations entre Pékin et Washington se sont tendues.

De janvier à juillet, l’investissement étranger direct (IED) au Vietnam a été estimé à 11,57 milliards de dollars, en augmentation de 10,2%, soit le montant d’IED le plus élevé depuis sept mois consécutifs au cours des cinq dernières années. La croissance du PIB devrait passer d’environ 2,6% en 2021 à 7,5% en 2022, tandis que l’inflation devrait atteindre en moyenne 3,8% sur l’année, selon le rapport de la Banque mondiale publié en août.

D’après Fitch, le Vietnam se classe cinquième sur 35 marchés asiatiques en termes d’ouverture économique, avec une note de 74,6 sur 100, très supérieure à la moyenne asiatique (46) et à la moyenne mondiale (49,5). «Le pays émerge comme une plaque tournante de l’industrie manufacturière dans la région de l’Asie de l’Est et du Sud-Est, soutenu par les efforts de libéralisation économique dirigés par le gouvernement et l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, grâce à des accords commerciaux et à l’adhésion à des blocs régionaux et internationaux», a-t-il constaté. En Asie, le Vietnam a été surperformé par Singapour, Hong Kong, Macao et la Malaisie. A l’échelle mondiale, il se classe au 20ème rang sur 201 marchés. 

En juillet, Moody’s a porté ses prévisions de croissance du PIB à 8,5%, soit la projection de croissance la plus élevée de la zone Asie-Pacifique. Une prévision confirmée par les dernières projections du Growth Lab de l’Université Harvard (Etats-Unis), pour qui le Vietnam devrait être l’un des pays à la croissance la plus rapide au cours de la prochaine décennie. Son index de la complexité économique constate que les pays les plus complexes du monde sont restés stables avec, dans l’ordre, le Japon, la Suisse, l’Allemagne, la République de Corée et Singapour en tête tandis que plusieurs économies en développement ont fait d’énormes progrès, au nombre desquels notamment le Vietnam (51ème rang).

De même, sur le plan international, le Vietnam, qui a fêté en septembre le 45ème anniversaire de son entrée à l’ONU, s’affirme dans les instances onusiennes, briguant un siège au Conseil des droits de l’Homme après avoir siégé au Conseil de sécurité l’an dernier, tout en sachant rester prudent tant à l’égard de son puissant voisin chinois, avec lequel il est en rivalité dans la mer de Chine. Un doigté et un sens de l’équilibre qui devraient lui profiter à long terme.

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