Réservé aux abonnés

Le petit pays où le temps s’arrêta

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 29 avril 2022 · 8 min de lecture

Dans son premier roman, enfin traduit en français, le romancier biélorusse Sacha Filipenko met en scène l’état comateux de son pays, piégé dans une faille temporelle par un président autocrate et nostalgique de l’URSS. Ecrit en 2016, «Un fils perdu» était alors un cri d’alarme. A la lumière de ces deux dernières années, c’est désormais un appel tristement actuel et teinté de désespoir contre la résignation politique, et un hymne tendre à la société civile.

Sommaire

Les lecteurs familiers de la littérature en temps troublés connaissent la méthode: un récit politique et social en forme de fable pour dénoncer sans le dire, et aussi pour inscrire l’universalité de la lutte pour la liberté d’expression bien au-delà des frontières. Nous avons déjà évoqué ici les bestiaires (Le Pingouin et Les Pingouins n’ont jamais froid d’Andreï Kourkov, on notera aussi Les Cobayes, du Tchèque Ludvík Vaculík et La Guerre des Salamandres de Karel Čapek…). 

Le roman du Biélorusse Sacha Filipenko, né quelques années avant la dislocation de l’URSS, a deux particularités: la métaphore filée est ici médicale; et il est paru en 2016, autant dire dans le monde plus ou moins libre de l’après-guerre froide.

Œuvre d’histoire? Non… Dans son préambule à la traduction française d’Un fils perdu, publiée cette année, le romancier l’affirme: son seul souhait, que son récit cesse enfin d’être d’actualité. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Russie: la guerre comme régime de redistribution

ÉconomieArticleLibre

Russie: la guerre comme régime de redistribution

Le Kremlin aggrave les prélèvements tout en protégeant les catégories dont dépend son effort militaire. Une partie des revenus du pays dépend désormais de la poursuite de la guerre. Car celle-ci redistribue les richesses, favorisant certains secteurs et certaines régions au détriment d’une économie civile de plus en plus sous pression.

Michel Santi

Comment l’Europe a construit son modèle énergétique… et sa propre vulnérabilité

GéopolitiqueArticle

Comment l’Europe a construit son modèle énergétique… et sa propre vulnérabilité

Longtemps considérée comme un pilier de la construction européenne, l’énergie est devenue l’une de ses principales faiblesses. Derrière les ambitions écologiques et les promesses de transition énergétique, des décennies de choix politiques, industriels et stratégiques ont progressivement renforcé la dépendance de l’Europe, notamment au gaz russe. La guerre en Ukraine n’a pas créé cette vulnérabilité: elle a brutalement révélé les contradictions d’un modèle dont les fragilités étaient déjà anciennes. Premier volet d’une série de quatre articles.

Hicheme Lehmici

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

GéopolitiqueEnquête

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

Diplomate militaire à l'OSCE, le colonel suisse A.F.* avait pour mission de maintenir ouverts les canaux avec Moscou. Accusé par un homme proche des services ukrainiens d'avoir livré des secrets aux Russes, il a été rappelé de Berlin fin 2024. Entre-temps, la justice militaire enquête sur lui pour trahison. Ses anciens collègues dénoncent une opération de désinformation, relayée par la NZZ et jamais contrée par Berne. Chronique d'un thriller politique.

Rafael Lutz