La Weltwoche, tribune chinoise

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 17 décembre 2019 · 2 min de lecture

La Weltwoche, tribune chinoise
Le rédacteur en chef de la Weltwoche, Roger Köppel, ne cache pas son amitié pour la Chine. - © DR

Roger Köppel (54 ans) est la figure intellectuelle et remuante de l’UDC zurichoise. Avec l’aide officieuse de Christoph Blocher, il est devenu le propriétaire de l’autrefois prestigieuse Weltwoche en 2006. Le conseiller national et journaliste dirige la rédaction. Ce pourfendeur de la gauche manifeste cependant une évidente sympathie pour la Chine. La Neue Zürcher Zeitung révèle de curieux accommodements.

Une fois par mois, l’ambassadeur de Chine en Suisse, Geng Wenbing, dispose d’une tribune libre dans l’hebdomadaire où il fait valoir le point de vue officiel du parti communiste chinois. Köppel se dit «très fier» de cette collaboration dans une perspective de compréhension entre les peuples. Ce n’est pas tout. La NZZ a eu accès à des mails qui font apparaître les coups de pouce de la dite ambassade. Celle-ci propose à des entreprises détenues par des Chinois en Suisse de financer la publication d’annonces dans le magazine (à 10 000 francs la page). Il en est apparu plusieurs après le début de la collaboration du diplomate.

La première contribution de l’ambassadeur Geng Wenbing dans la Weltwoche, mise en valeur sur le site internet de l’ambassade de Chine à Berne. 

Un exemple romand: le Mirador Resort & Spa de Chardonne, acquis en 2016 par l’investisseur chinois Hon Kwok Lung. Interrogée par le quotidien zurichois, l’ambassade se borne à dire «qu’elle espère davantage d’informations objectives et non partisanes dans les médias suisses…» C’est ainsi que la «chronique» du représentant de Pékin vante dans la Weltwoche l’approche pluri-ethnique, le respect des cultures et des religions de cette «famille aux 56 ethnies» que serait la Chine. Deux semaines plus tard apparaissait une pub de Saurer, le fabricant de machines textiles d’Arbon, propriété du groupe Jinsheng.
L’intérêt de Köppel pour la Chine n’est pas nouveau. En automne 2018, la Weltwoche publiait un numéro spécial louangeur sur le thème «Comprendre la Chine». Le résumé de l’histoire était précautionneux. On y parlait d’un «événement» sur la place Tiananmen et non d’un «massacre». Le choix des mots avait été discuté avec les diplomates chinois que la rédaction remerciait dans son éditorial pour leurs précieuses «suggestions».
La NZZ cite le professeur bâlois Ralph Weber, selon lui de telles manoeuvres s’inscrivent dans une stratégie ciblée dans de nombreux pays. «Il est vraisemblable que d’autres tentatives semblables aient lieu en Suisse.»


L’article original ici.


A lire aussi, sur la Chine:

Reconnaissance faciale obligatoire – Doménica Canchano Warthon

Les parents chinois demandent toujours plus à leurs gosses – Jonas Follonier

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