La politique de la peur, ça suffit!

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 13 avril 2020 · 3 min de lecture

La politique de la peur, ça suffit!
Agir vite et bien avant que les rentiers de la peur et de la surveillance ne s'habituent à leur nouveau pouvoir, voilà le défi. - © Laurent Schmidt / Pixabay

Vous connaissez peut-être ce conte soufi sur la peste et la mort: La Peste était en route pour Bagdad quand elle rencontra Nasruddin. Où vas-tu? demanda Nasruddin. La Peste répondit: Je vais à Bagdad pour tuer dix mille personnes. Plus tard, la Peste croisa à nouveau Nasruddin. Très en colère, ce dernier lui dit: Tu m’as menti. Tu as dit que tu tuerais dix mille personnes et tu en as tué cent mille. Et la Peste répondit: Je n’ai pas menti, j’en ai tué dix mille. Les autres sont mortes de peur.

C’est exactement ce qui pourrait arriver avec le coronavirus. Incrédules et cyniques quand les Chinois étaient frappés, impréparés, imprévoyants, manquant de tout y compris d’une stratégie de riposte appropriée quand il a débarqué chez nous, nous avons réagi dans le plus grand désordre et en mode panique. Injonctions contradictoires (masques ou pas masques), polémiques stériles (chloroquine ou pas, la Chine a-t-elle menti ou pas), négationnisme contre déclarations de guerre à outrance, confinement policier surveillé par hélicoptères et drones contre confinement léger à la suédoise, grounding complet de l’économie contre fermeture sélective de commerces n’ont cessé de brouiller les messages et d’amplifier l’angoisse générale, en laissant le champ libre aux délateurs, aux obsédés du confinement absolu et aux médias ravis de retrouver de l’audience en soufflant sur la braise.

Tout cela en perdant de vue la réalité: oui, ce virus est pernicieux et peut tuer nombre de personnes à risques (et il faut donc le combattre avec tous les moyens disponibles), non, il ne menace pas notre survie à terme. L’Asie – Chine, Corée, Japon, Singapour et Taiwan en tête – nous montre qu’on peut le juguler et même en sortir. Et les statistiques nous prouvent qu’il laisse en vie 99,9 % de la population puisque même dans les cas les plus graves comme en Espagne et en Italie du Nord, la mortalité n’excède – heureusement! – pas 350 personnes sur un million. Il n’y a donc aucune raison de paniquer ni de donner à la mort ce surcroit de victimes qu’elle ne réclame pas.

Dans ce sens, on peut rendre hommage aux autorités suisses, qui ont conservé leur calme, pris les mesures sanitaires et économiques qui s’imposaient sans céder aux excités qui auraient voulu nous cadenasser à double tour et fermer toutes les entreprises. Grâces soient aussi rendues aux personnels médical, infirmier, du commerce de détail, de l’agriculture, de la voirie et à toutes celles et tous ceux qui rendent la vie supportable malgré le danger d’être infecté.

Mais le diable est dans les détails et la plus grande menace devant nous, à savoir le déconfinement. Pâques et ses grands brassages de population étant désormais passés, il va maintenant falloir oser s’attaquer à la sortie de crise quitte à braquer les rentiers de la peur, soit ceux qui trouvent un avantage à la faire perdurer. Car comme dans toute crise, il y a des profiteurs, nouveaux experts autoproclamés, politiciens ravis de ne plus avoir d’opposition, géants du numérique qui prospèrent sur le télétravail et la surveillance, patrons sans scrupules qui en profitent pour dégraisser… II faut donc agir vite avant qu’ils ne s’habituent à leur pouvoir nouvellement acquis.

Et il convient de remettre rapidement l’économie en route, sinon le remède deviendra vite pire que le mal. Les dommages se chiffrent par milliards et le chômage augmente, avec tout ce que cela impliquera comme surmortalité pour les plus faibles. Nous avons su entrer dans la crise, il faut maintenant savoir en sortir. Sans précipitation ni panique, mais avec détermination.

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