Gaza: «Nous vivons parmi les morts, la pourriture et les rats»

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1,2 million de Palestiniens vivent dans un millier de camps de déplacés à travers la bande de Gaza. «La crise sanitaire a dépassé les définitions traditionnelles de l’état d’urgence, atteignant un niveau catastrophique où les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués», écrivent nos confrères du quotidien israélien Haaretz, citant le ministère palestinien de la Santé.
Israël applique de drastiques restrictions sur l’aide humanitaire, notamment sur les articles classés comme «à double usage», que le Hamas pourrait utiliser pour «le développement d’armements ou d’infrastructures», et empêche «l’entrée à Gaza de matériel médical essentiel, notamment des tables d’opération, des scalpels et des pièces nécessaires à la réparation d’appareils d’échographie, de respirateurs et de couveuses. (…) Plus de la moitié des médicaments essentiels à Gaza sont en rupture de stock, ce qui signifie qu’ils sont totalement indisponibles partout dans la bande de Gaza, selon les données publiées par le ministère, tandis que 71 % du matériel de laboratoire et 57 % des consommables médicaux sont également en rupture de stock. Il s’agit notamment de fournitures de base telles que la gaze, les aiguilles, les compresses et le matériel médical stérile, comme les gants, les blouses et les désinfectants pour surfaces.»
Un système de santé «complètement épuisé»
Un anesthésiste de l’hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, qui s’est confié à Haaretz sous couvert d’anonymat par crainte pour sa sécurité, décrit le système de santé de Gaza comme «complètement épuisé». «Depuis que j’ai commencé à exercer la médecine il y a six ans, Gaza a toujours été sous blocus, mais la situation sanitaire était relativement stable. Aujourd’hui, elle est catastrophique. Il y a une pénurie majeure de médicaments anesthésiques. Nous avons été contraints de pratiquer des interventions chirurgicales en utilisant des médicaments de substitution, des outils rudimentaires, et parfois sans anesthésie générale.» Certaines interventions, comme les opérations à cœur ouvert et les cathétérismes cardiaques, ont complètement cessé en raison du manque de ressources, indique le ministère palestinien de la Santé.
Marah Shamali, une dentiste bénévole dans une clinique publique du quartier d’al-Sabra, à Gaza, explique qu’il existe «une grave pénurie de ressources essentielles due aux politiques qui empêchent l’entrée de matériel dentaire à Gaza. (…) Nous sommes contraints de refuser des cas d’urgence souffrant de douleurs intenses, car nous ne disposons pas du matériel nécessaire pour les traitements.» Elle indique que la bande de Gaza connaît une «détérioration effrayante de la santé bucco-dentaire des enfants», d’autant plus que les parents sont contraints de choisir entre nourrir leur famille ou dépenser plus d’un mois de salaire pour des soins dentaires.
Les maladies se propagent rapidement dans les camps de tentes
Haaretz indique également que «les responsables sanitaires et les organisations humanitaires signalent une forte recrudescence des maladies d’origine hydrique, alimentaire et transmises par les insectes ces dernières semaines, en particulier dans les camps de déplacés.» «Le temps froid et pluvieux, la surpopulation extrême, la détérioration des abris et les mauvaises conditions d’approvisionnement en eau et d’assainissement ont créé un environnement propice à la transmission des maladies dans toute la bande de Gaza», selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé.
Près de 23 000 cas suspects de maladies transmises par les insectes, telles que la gale et les poux, ont été enregistrés en février, rapporte le ministère de la Santé de Gaza. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) indique de son côté que la capacité à traiter ces infections a été limitée, car l’accès aux kits d’hygiène, aux insecticides et aux traitements contre la gale reste extrêmement faible.
Une évaluation de l’OCHA réalisée en mars a révélé que 80 % des camps de personnes déplacées de Gaza présentaient «une présence fréquente et visible de rongeurs et de nuisibles, tandis que les maladies de peau sont très répandues dans 48 % des sites». Sharqiya, une jeune femme de 25 ans originaire de la ville de Gaza, témoigne dans Haaretz: «Les ordures jonchent les rues. Il y a des flaques d’eaux usées parce que le réseau d’égouts est détruit. Les décombres cachent tout. On ne sait pas ce qu’il y a en dessous: des martyrs, des animaux, de la pourriture. Cela devient un repaire pour les rongeurs et les insectes. Et nous vivons parmi eux.»
Points de passage
Quelques points de passage pour entrer dans Gaza sont «techniquement ouverts et opérationnels à la date de publication, indique Haaretz. Pourtant, les organisations humanitaires affirment que des obstacles situés au-delà des points de contrôle limitent leur capacité à acheminer l’aide.»
Médecins Sans Frontières rapporte que les «procédures administratives prolongées et imprévisibles» imposées par les autorités israéliennes retardent les livraisons jusqu’à un mois. Si un seul article est rejeté à un point de passage frontalier, le camion et toutes les fournitures à bord sont renvoyés en Egypte. De son côté, l’OCHA a évoqué des obstacles bureaucratiques, notamment «les exigences israéliennes en matière de dédouanement, qui entraînent souvent des retards; une capacité de scan insuffisante, qui rend difficile l’obtention d’autorisations pour de nombreux articles essentiels; et des interdictions générales visant certaines agences des Nations unies et ONG partenaires qui jouent un rôle central dans l’intervention humanitaire conjointe».
Médecins Sans Frontières fait partie des 37 organisations humanitaires internationales visées par l’«interdiction générale» d’opérer en Israël, en Cisjordanie et à Gaza imposée par les autorités israéliennes. Depuis le 1er janvier, ces organisations se voient empêchées d’acheminer des fournitures médicales ou humanitaires à Gaza, et les professionnels de santé internationaux – notamment les médecins, les chirurgiens et les infirmiers – affiliés à ces organisations ont été contraints de quitter la bande de Gaza à la fin du mois de février.
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