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Le génocide culturel des Ashkénazes

Tatiana Crelier

Par Tatiana Crelier · Publié le 23 janvier 2026 · 18 min de lecture

Le génocide culturel des Ashkénazes
La première commission de la langue hébraïque, Jérusalem, 1912. Assis (de droite à gauche): Eliezer Ben-Yehuda, Joseph Klausner, David Yellin, Eliezer Meir Lifshitz; debout: Chaim Aryeh Zuta, Kadish Yehuda Silman, Abraham Zevi Idelsohn, Abraham Jacob Brawer. © DR

En Israël, la culture yiddish a été effacée au profit d’une langue «morte», l’hébreu, imposée comme langue nationale. Une purification linguistique destinée à remodeler la culture et la mémoire de tout un peuple: langue humiliée, noms effacés, mémoire étranglée. La coercition linguistique n’est presque jamais «juste une affaire de langue»: c’est un réflexe nationaliste, un enjeu politique et idéologique.

Sommaire

«L’idée juive d’élection est à la fois apolitique et a toujours porté en elle le meurtre en germe, tout simplement parce qu’elle est l’ennemie de la pluralité», écrit Hannah Arendt dans une note de son Denktagebuch datée d’avril 1951. La phrase sonne comme un tir de sommation: non pas qu’Arendt nie la singularité juive, mais elle soupçonne ce qui se produit lorsqu’une exception métaphysique se traduit en identité politique. Des années plus tard — et surtout à Jérusalem, en 1961, lorsqu’elle couvre le procès Eichmann — elle aiguise ce soupçon en une critique plus large du nationalisme et de son talent à transformer la victimisation en vertu, et la vertu en blanc-seing.

Mon propre tournant est venu quand j’ai commencé à lire Arendt et que j’ai compris que, peut-être en raison de mon propre héritage juif, j’avais passé des années à traiter Israël-Palestine comme un statut relationnel Facebook: «C’est compliqué». Je reconnais aujourd’hui cette formule automatique comme le mot de passe des politiquement débordés: une phrase qui a l’air modeste tout en mettant discrètement fin à la conversation. Mais voilà le problème: parfois, «c’est compliqué» n’est qu’une manière élégante de dire «je m’en lave les mains».

Après les attaques du 7 octobre 2023, je me suis mise à avoir le genre de conversations qui raccourcissent les listes d’invitations. La plupart de mes amis — dont beaucoup se proclamaient fièrement «juifs laïcs» — ont été sidérés quand j’ai évoqué quelques faits historiques et linguistiques sur l’hébreu moderne et l’effacement, sanctionné par l’Etat, de la culture yiddish en Terre d’Israël. Sous l’indignation, c’était le même réflexe qui revenait: «Les Juifs ne sont pas capables de génocide». Résultat, je me suis lancée dans ce qui est, à ce jour, mon sujet le moins populaire: ce que j’appelle, de façon délibérément provocatrice, le génocide culturel mené par l’Etat israélien contre les Ashkénazes.

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