Publié le 27 février 2026

Une rue de La Havane. © Depositphotos

Le blocus américain contre Cuba, qui dure depuis plus de six décennies, s'est intensifié début 2026, avec une pression maximale visant l’effondrement énergétique de l'île. Ces sanctions draconiennes plongent la population dans la misère et l’exposent à une grave crise humanitaire. Des juristes internationaux dénoncent ouvertement cette situation. Les médias, quant à eux, éludent le sujet.

Article publié sur Infosperber le 18.02.26, traduit et adapté par Bon pour la tête 

Sans diesel ni essence, il n’y a pas d’électricité. Sans carburant, les transports publics et privés s’arrêtent, la collecte et la transformation des déchets deviennent impossible et les services essentiels se paralysent. Sans transferts bancaires internationaux, l’économie sombre dans le chaos. Sans importation de principes actifs, les médicaments viennent à manquer. Sans pièces détachées, les instruments chirurgicaux deviennent inutilisables. Ainsi, sous l’effet des sanctions, de nombreux Cubains meurent prématurément et la population, confrontée à une grave crise humanitaire, s’enfonce dans le désespoir.

L’annulation des vols internationaux — les avions ne pouvant plus se ravitailler en carburant à Cuba — a par ailleurs porté un coup fatal au tourisme, l’une des principales sources de revenus du pays.

Depuis le déploiement de missiles soviétiques à Cuba en 1962, sous l’impulsion de Fidel Castro, le pays n’a plus représenté de menace militaire directe pour les Etats-Unis. Pourtant, les relations entre Washington et La Havane sont demeurées marquées par une hostilité persistante, le régime socialiste cubain restant inacceptable pour la classe politique américaine libérale. D’autant que, contrainte par les sanctions américaines, l’île des caraïbes s’est rapidement tournée vers des partenaires comme la Russie et le Venezuela pour s’approvisionner en pétrole brut, en essence et en diesel, afin d’assurer un minimum de fonctionnement à son économie.

Depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations unies condamne chaque année le blocus américain contre Cuba. Seuls les Etats-Unis et Israël votent régulièrement contre cette résolution. Récemment, Donald Trump a encore durci les mesures en vigueur, imposant un blocus plus strict: les importations en provenance du Venezuela, de la Russie et d’autres pays considérés comme «amis» de Cuba ont été entravées. Cette stratégie vise explicitement à épuiser la population afin de provoquer un changement de régime à La Havane.

Les Etats-Unis déclarent l’état d’urgence nationale

En début d’année, Donald Trump a en effet promulgué un décret concernant Cuba, invoquant un «état d’urgence nationale» au motif que l’île représenterait une menace pour la sécurité des Etats-Unis. L’embargo économique et financier devait ainsi être appliqué de manière totale. Le président américain a en outre menacé d’imposer des droits de douane punitifs supplémentaires à tout pays fournissant, directement ou indirectement, du pétrole ou des produits pétroliers à Cuba.

L’île figure également sur la liste américaine des «Etats soutenant le terrorisme», une désignation qui entraîne de lourdes sanctions financières et économiques. Tous les citoyens américains, ainsi que les entreprises américaines opérant à l’étranger, sont tenus de se conformer strictement à ces mesures.

Washington reproche notamment à Cuba:

  • Ses importations de pétrole en provenance du Venezuela et ses relations politiques avec Caracas;
  • Ses relations commerciales avec la Russie, l’Iran et la Corée du Nord — partenaires vers lesquels l’île s’est tournée en raison de son isolement;
  • Son refus d’extrader certaines personnes recherchées par les autorités américaines.

Une violation flagrante du droit international?

Selon plusieurs experts des Nations unies spécialisés en droits humains, ces motifs ne suffisent pas à qualifier Cuba d’«Etat soutenant le terrorisme». Ils demandent dès lors que Cuba soit retirée de cette liste et que toutes les mesures coercitives unilatérales, y compris l’embargo en vigueur depuis plus de six décennies, soient levées.

La Charte des Nations unies consacre le principe d’égalité souveraine des Etats et prohibe toute ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays. Un embargo économique généralisé visant explicitement un changement de régime est, pour de nombreux juristes, assimilable à une mesure de coercition politique incompatible avec le droit international.

Le 31 janvier 2026, l’«Association européenne des juristes pour la démocratie et les droits de l’homme dans le monde» a ainsi appelé à la levée immédiate des sanctions contre Cuba.

Le point de vue d’experts en droit international

Stefan Oeter, professeur de droit international à l’Université de Hambourg, déclare:

«Je ne vois aucun fondement sérieux justifiant, au regard du droit international, la stratégie d’étranglement économique du gouvernement américain. Cette stratégie s’inscrit dans le cadre des sanctions américaines excessives, dont la portée extraterritoriale est démesurée. En vertu du droit international actuel, nul Etat n’a le pouvoir de dicter à d’autres avec quels partenaires ils peuvent — ou non — commercer. S’arroger un tel pouvoir constitue, à tout le moins, une violation de l’interdiction d’ingérence. La situation peut être différente dans le cas de la Russie et de sa guerre d’agression, mais je ne vois pas en quoi Cuba pourrait être accusée de violations graves des normes impératives du droit international (jus cogens), même si le régime de La Havane présente des aspects critiquables du point de vue des droits humains.»

Rainer J. Schweizer, professeur émérite de droit international et de droit constitutionnel à l’Université de Saint-Gall, estime pour sa part: «Il n’existe aujourd’hui aucune justification à une intervention américaine à Cuba, qui ne représente aucune menace pour les Etats-Unis. La situation était différente sous Khrouchtchev, lorsqu’il était question d’y déployer des missiles. Le blocus de Cuba est injustifiable: il s’apparente à un recours à la force contre un Etat souverain, non autorisé par le Conseil de sécurité, et ne saurait être assimilé à une intervention humanitaire — notion qui demeure d’ailleurs controversée en droit international. L’expérience des sanctions contre le Venezuela montre que la situation de la population ne s’est pas améliorée. Il est probable qu’il en aille de même à Cuba.»

Enfin, Norman Paech, professeur émérite de droit international à l’Université de Hambourg et ancien acteur du mouvement pacifiste, souligne: «La seule justification invoquée par le gouvernement américain pour durcir ses sanctions est la prétendue menace pour la sécurité nationale et la déclaration d’un état d’urgence. Cet argument est absurde. En vertu du droit international, Cuba a le droit de conclure des accords commerciaux avec n’importe quel pays afin d’approvisionner sa population. Les Etats-Unis ne peuvent l’en empêcher. La désignation de Cuba comme Etat soutenant le terrorisme est dénuée de fondement. Les relations commerciales avec la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord ne suffisent en rien à justifier une telle qualification. Les sanctions économiques et politiques imposées depuis plus de soixante ans mettent de manière croissante en danger la vie et les moyens de subsistance du peuple cubain. Elles constituent une atteinte disproportionnée et illégale à la souveraineté de l’Etat cubain.»

Selon les bases de données médiatiques consultées, les grands médias internationaux abordent quant à eux rarement la dimension du droit international dans leurs reportages consacrés à l’embargo américain contre Cuba, privilégiant le plus souvent les aspects géopolitiques et économiques du conflit.

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