Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu

Publié le 30 janvier 2026

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Le répertoire de Jean Anouilh est rarement à l’affiche des théâtres. Il connut pourtant un demi-siècle de succès, avec une quarantaine de pièces. Applaudi dans l’espace francophone et parfois au-delà. Le livre que lui consacre Anca Visdei révèle une personnalité attachante, qui partage avec nous son énergie, sa passion, la dureté des revers.

Né à Bordeaux en 1910, d’une famille modeste, mort à Lausanne en 1987, après avoir vécu plusieurs années à Pully. Mordu de théâtre dès l’enfance, Jean Anouilh écrivit sa première pièce à quatorze ans. Il interrompit ses études pour assurer son gagne-pain et aider ses parents. Sans cesser d’écrire. Harcelant les producteurs de ses messages subtilement rédigés, joueur et séducteur, essuyant refus sur refus. Engagé ensuite comme secrétaire général de la Comédie des Champs-Élysées dirigée par Louis Jouvet, personnage fort peu aimable. Puis, sans l’aide de ce patron, le triomphe auprès de la critique et du public, avec Le Voyageur sans bagage au Théâtre des Mathurins, en 1937.

Maintes leçons à tirer de cette longue trajectoire. Anouilh ne se laissa jamais dévier de la route choisie. Jamais tout à fait satisfait de l’œuvre en cours, il reprit parfois certaines de ses pièces des années durant. Il les lisait à haute voix avec un vrai talent de comédien mais valorisait ses acteurs et ses actrices, dont quelques-unes devinrent ses compagnes. Telle Monelle, «sa muse, son petit soldat, sa promise», qui joua notamment dans Antigone et Roméo et Jeannette. Il lui tint la main longtemps, même après leur rupture, jusqu’à la mort. Elle lui avait donné une fille.

Il mettait assidûment son travail en valeur, ne serait-ce que pour survivre, mais son acharnement allait avec l’esprit d’enfance: la sincérité, la curiosité, l’élan, la naïveté parfois. A vingt-et-un ans, il écrivait au grand acteur Pierre Fresnay qu’il voulait écrire «une tragédie sur...

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